sak ifé nout jordu ék nout demin

Boris GAMALEYA


Culture - Kiltir
Samedi 4 Septembre 2021


Boris GAMALEYA
 

 

Il est né le 18 décembre 1930 à Saint-Louis, d'un noble ukrainien Guéorgui Konstartinovitch de Gamaleya Dimikaïlovsky et d'une mère créole (son père meurt en 1931)

Adolescent, il est obligé de garder le lit suite à un accident, découvre les œuvres complètes de Leconte de Lisle.

En 1951 il s'engage au parti communiste.

En 1955 il devient professeur de français dans les collèges.

En 1959 il devient membre du Comité directeur du PCR.

En 1960 il est exilé en France par l'ordonnance Debré, apprend le russe et découvre la littérature russe, milite contre les politiques migratoires : le BUMIDOM, les enfants de la Creuse.

Il découvre Aimé Césaire et Saint-John Perse

En 1972 il fait la grève de la faim et rentre à la Réunion.

Dans les années 1970 il publie des contes et des chroniques dans Témoignages 

- 1974 : publie des contes dans la revue Bardzour Mascarin

- 1980 démissionne du PCR parce qu'il ne supporte plus le « dirigisme culturel »

- 1992 : s'installe à la Plaine des Palmistes avec son épouse Clélie

- 2004 : l'universitaire Patrick Quiller lui consacre un colloque à Nice

- 2010 : très mystique, il est l'ami de Gilbert Aubry avec qui il fera 2 dialogues poétiques (à la Médiathèque de Saint-Pierre et à Lespas Leconte de Lisle en décembre)

- 2012 : quitte la Plaine des Palmistes au bout de 20 ans pour Barbizon

- 2017 : invité d'honneur de la Réunion des livres à Paris

- 30 juin 2019 : décès de Boris Gamaleya à Fontainebleau

 

 

La place de son œuvre dans la littérature

De retour à la Réunion, B. Gamaleya, fasciné par le créole et les mots anciens lance la revue Bardzour Mascarin qui collecte des contes de la tradition orale et publie des chroniques sur le créole réunionnais.

Boris Gamaleya participe au groupe de réflexion sur un mode de graphie du créole, lékritir 77.

Son écriture est imprégnée de sa double culture : celle de son père ukrainien qu'il a découverte en obtenant sa licence de russe en exil et en s'intéressant aux auteurs russes et celle de la Réunion, sa Russie Noire (« une île qui a la particularité d'être ouverte et non fermée »).

Son écriture reste marquée par l'exil, de son père et le sien, et la quête de la liberté : « Je renverse les rôles. Dans la poésie, j'ai mis l'île, qui avait sa tête en bas, dans l'autre sens ».

 

Dans Vali pour une reine morte (1973), il imagine un dialogue poétique entre Cimendef, chef marron et Mussard, chasseur d'esclaves.

« Ce qu'il ne faut pas perdre de vue si on veut résumer ma biographie c'est que je n'ai jamais été tranquille avec moi-même. »

 

Dans L'Île du tsarévitch (1997), il réinvente la rencontre de ses parents combinant prose, expression poétique et photographies recréant l'histoire familiale.

 

 

Bibliographie

 

Poésie

- Vali pour une reine morte-poèmes de l'exil-imprimerie REI -1973

-La mer et la mémoire, les langues du magma ; AGM-1978

-Le fanjan des pensées ou Zanaar parmi les coqs ; imprimerie AGM-1987

-Piton la nuit-Edition du Tramail/ILA Saint-Denis-1992

-Lady Sterne au Grand Sud-1995

-L'Île du Tsarévitch- Editions Océan-1997

-L'Oratorio pour le 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage-1998

-Orphée de l'île-2002

-L'Arche du comte Orphée-Editions Azalées -2004

-Jets d'aile-vent des origines -J. Michel Editeur -2005

-Le Bal des hippocampes- Édition de l'Amandier-2012

-L'Entrée des météores ou l'étoile à double coq -2012

 

A paraître une anthologie critique de la poésie de Gamaleya par P. Quillier ; des contes, une exposition de gravures réalisées à partir de ses poèmes, en partenariat avec le ministère de la Culture (DAC Réunion)

 

 

Théâtre

-Le Volcan à l'envers ou Mme Desbassayns, Le Diable et le Bondieu, ASPRED, Saint-Leu 1983

Livre pour la jeunesse

-Lièv i sava bal, zistoir kréol ,(traduite en français par Axel Gauvin)- illustrations de Fabrice Urbatro- Éditions Tikout-2007

Autres

-Bardzour Maskarin : contes populaires et orthographe du créole,-Saint-André-REI, 1974.

-Le Lexique illustré de la langue créole-publié article par article dans Témoignages, organe du parti communiste réunionnais, du 30 juillet 1969 au 18 août 1975.

-Les aventures abracadabrantes de Zidore Mangapoulé de L. Pageot, réédition par Boris Gamaleya de textes extraits de la Gazette réunionnaise (1928‑1929)-1981.

-Préface à Amour oiseau fou, premiers poèmes de Jean Albany, Saint-Denis-Editions, Azalées-1985.


 


 

Parenthèse poétique

 

Vali pour une reine morte

 

Mussard : je suis mussard, le grand tromblon mussard la foudre

émérite enfileur d'oreilles devant barbe

et devant l'éternel ton crime l'utopie

et ce mot d'ordre inouï la négraille au pouvoir

(…)

 

Cimendef : je suis pour démêler au plus froid de la rampe

le mirage brouillé aux moires de la rade

et le soir marliépou et l'île inégalée (…)

je suis là pour régler les rites de l'ombia

au loin le kapokier sur la mer lente brule

je suis là pour pleurer haute larme de l'homme

et pour dire ta langue histrion baille à fiente

de mère cal en rut et d'ombline au mouroir

(…)

 

Mussard : nous te sommons de te taire

voix de dégénérés

(…)

 

Cimendef : eïa mussard

je dis makoa

 

Mussard : ventre saint gris

je dis malouin

 

Cimendef : je dis zanguebar

 

Mussard : je dis navarre

 

Cimendef : je dis makondé

 

Mussard : je dis vendée

 

Cimendef : je dis magagoni

 

Mussard : je dis normandie

 

Cimandef : je dis matatane

 

Mussard : je dis aquitaine

 

Cimendef : je dis bantou

kikouyou

 

Mussard : je dis anjou

poitou

 

Cimendef : je dis sofola

mikindani

bagamoyo

Mussard : je dis angoumois

quercy

saint malo

 

Cimendef : eïa mussard

je dis kivi

 

Mussard : mille sabords d'enfer halte là hors la loi

 

Cimendef : nonce je ne suis pas brebis à ondoyer (...)

ton bourbon à tafia file donc le cuver

à ta fosse à brindon bouscot comme devant

croisé de mâ ombline et de tégor mahé

nabot de saint antoine et de barracuda

ces oreilles ci ne sont pas à empaumer (…)

car jamais Cimandef ne sera ton trophée (...)

 

Mussard : jacobite à genoux trêve de sacrilège

holà mousquets du roy écoquez ce moko

feu feu décapez moi la majesté panjake

(…)

 

(Extrait de Vali pour une reine morte)


Eric Boyer



      Partager Partager

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Dimanche 28 Novembre 2021 - 12:28 Armageddon

Dimanche 28 Novembre 2021 - 09:53 Nicolle