Une visite à forte portée symbolique
Organisée à Saint-André, la rencontre se voulait un moment « d’échange, de dialogue et de vérité ». Devant un public composé notamment de résidents originaires de Mayotte, Laurent Virapoullé a insisté sur l’absence de distinction entre les habitants : « je ne fais pas de différence », a-t-il affirmé.
Pourtant, l’essentiel de son intervention a été consacré aux difficultés rencontrées par la communauté mahoraise et aux similitudes qu’il établit entre les deux territoires ultramarins.
Immigration et insécurité au cœur du discours
Laurent Virapoullé a développé un parallèle entre :
• l’immigration clandestine à Mayotte
• les tensions liées à la délinquance
• les problèmes d’accès à l’eau
• et les difficultés rencontrées à Saint-André
Cette mise en miroir vise à créer une forme de destin commun entre La Réunion et Mayotte. Si les réalités diffèrent en intensité, le discours suggère que les problématiques sont de même nature.
En évoquant « la violence des mineurs isolés » ou encore l’impact de l’immigration illégale, Laurent Virapoullé inscrit clairement la campagne municipale dans un registre sécuritaire habituellement réservé au débat national.
La question du racisme et un renversement argumentatif
Un passage a particulièrement retenu l’attention :
« La violence est à l’origine du racisme dont vous êtes victime. »
Cette formulation opère un glissement. Le racisme n’est pas présenté comme un phénomène indépendant, mais comme une conséquence des tensions sécuritaires. Le raisonnement sous-entend que la confusion entre immigration illégale et population mahoraise nourrit les amalgames.
Le discours tente ainsi de conjuguer deux objectifs : affirmer une volonté de lutter contre le racisme tout en maintenant un discours ferme sur la sécurité.
Une réponse aux accusations de clientélisme
Le candidat a également évoqué des critiques l’accusant d’acheter des soutiens électoraux « avec des caisses de poulet et des têtes de poisson ». Il a qualifié ces propos « d’humiliants et indignes », rejetant toute pratique clientéliste.
Cette séquence montre la sensibilité du terrain électoral dans certaines communes réunionnaises, où les soupçons de ciblage communautaire peuvent rapidement devenir un sujet polémique.
Une stratégie d’implantation du RN dans l’océan Indien
La présence d’Anchya Bamana, élue sous l’étiquette du Rassemblement National, s’inscrit dans un contexte plus large d’implantation du parti à Mayotte. Le déplacement à La Réunion peut être interprété comme une tentative de consolidation d’un axe politique ultramarin autour des thèmes de l’ordre et du contrôle migratoire.
À Mayotte, ces thématiques structurent largement le débat public. À La Réunion, elles restent plus sensibles dans un territoire historiquement marqué par le pluralisme et le métissage culturel. Mais les tensions liées à l’eau, au logement et à l’insécurité créent un espace politique nouveau.
Une campagne municipale aux accents nationaux
En invitant une députée RN et en articulant son discours autour de l’immigration et de la sécurité, Laurent Virapoullé élargit le cadre du débat municipal. Les enjeux locaux s’entremêlent avec des problématiques nationales et régionales.
Reste à savoir si cette stratégie trouvera un écho électoral durable à Saint-André. Dans une île attachée à son modèle de coexistence, la question de l’équilibre entre fermeté sécuritaire et cohésion sociale pourrait devenir un point central de la campagne.











