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JL Mélenchon (3) : “Paul Vergès, un "maître à penser"


Politique
Lundi 25 Avril 2011

"J’en étais à cette première prise de contact avec Paul Vergès. Elle commença une relation qui s’est entretenue depuis sur un plan personnel davantage que strictement politique. On pense ce que l’on veut de Paul Vergès sauf qu’il n’y aurait pas à apprendre de lui..."


JL Mélenchon (3) : “Paul Vergès, un "maître à penser"
...Tant pis pour ceux qui passent à côté. De ce premier contact je repartis avec l’idée d’avoir rencontré un visionnaire dont le niveau de réflexion dépassait de loin toutes les maigres intrigues dont j’avais été régalé sur place jusqu’au moment où je l’ai eu rencontré. Ce sentiment ne s’est pas démenti lorsqu’il vint avec "...Elie Hoarau me visiter au siège du Parti de Gauche. Cette fois-là, mes centres d’intérêt n’étaient plus les mêmes. Il nous présenta le tableau du plan d’autonomie énergétique de l’île qu’il avait lancé avant que les socialistes lui aient fait perdre sa présidence. Depuis la droite a tout stoppé, tout arrêté. Les projets, notamment tous ceux en vue de conquérir l’autonomie énergétique de l’île, meurent à petit feu".

"L’autonomie énergétique est le centre d’intérêt de mon séjour à La Réunion. Le contact avec Vergès et ses équipes ne s’est plus interrompu sur ce thème. Au parlement européen je siège à un fauteuil de distance d’Elie Hoarau, le secrétaire général du PCR. Il en résulte une facilité et une familiarité du dialogue que seule forge la pratique fastidieuse de ce soi-disant Parlement. Bref, ces circonstances et cette histoire m’ont rapproché d’un terrain qui certes reste à dix mille kilomètres de ma station de métro, bien sûr, mais se trouve bien moins distant que d’autres avec lequel je n’ai pas encore construit  de centre d’intérêt".

"Le plus grand résultat qu’apporte l’objectif de la conquête de l‘autonomie énergétique, pour une économie insulaire, c’est la dynamique globale qu’elle engendre. D’abord, chacun prend conscience de l’impact environnemental du mode de production de l’énergie. C’est la sortie de l’irresponsabilité écologique. Ensuite, c’est une prise de conscience de l’Etat de dépendance dans lequel nous sommes en ce qui concerne l’accès aux matières premières dont nous avons besoin pour produire notre énergie quotidienne. Le gaz, le pétrole, et l’uranium aussi ne se trouvent pas en France.  Cette dépendance est cause de violences et de guerres un jour ou l’autre que ce soit avec des fournisseurs rebelles ou avec des concurrents trop rudes. La guerre d’Afghanistan n’a pas d’autres causes. Ces deux prises de conscience sont indispensables pour être un citoyen éclairé à l’heure où il faut choisir une politique avec son bulletin de vote".
 
"Mais il y a davantage. La quête de l’autonomie énergétique déclenche une course à la recherche théorique ou technique qui est un volant d’entrainement pour la société, sa jeunesse et son niveau de qualification. Des millions d’emplois socialement utiles et écologiquement urgents sont à la clef. Ici, à La Réunion, la seule mise en branle du programme de développement du photovoltaïque a permis de créer mille deux cent emplois de solaristes. Le record d’équipement individuel en chauffe eau solaire est battu sur ce petit territoire et le plafond fixé par EDF est pulvérisé. Il faut se représenter cette affaire dans sa dynamique. Les emplois créés orientent la formation de la main d’œuvre à venir. Les gens formés développent une capacité d’innovation et d’adaptation qui est un moteur de progrès technique qui se déploie ensuite comme en réseau d’un compartiment d’activité à un autre".
 
"On peut même affirmer que la sensibilité ainsi engendrée vers un ordre de solutions techniques, oriente l’imaginaire dans d’autres domaines. Et en tout cas dans tous ceux qui touchent à la question si stratégique de la production de l’énergie. Ici, on brûle la bagasse, déchets de l’industrie de la canne à sucre, pour alimenter les centrales thermiques. Le plan de la Région présidée par Paul Vergès prévoyait aussi l’installation d’une centrale de production d’électricité exploitant la différence de température entre l’eau de surface et celle des profondeurs. Et l’installation d’une machine convertissant en électricité l’énergie mécanique de la houle. Tout cela aujourd’hui est en panne. Ou au ralenti. J’espère être là quand sera lancé la machine expérimentale qui tire partie des écarts de température de l’eau de mer. La DCN va la construire à Saint Nazaire. Je me demande pourquoi elle est construite à Saint Nazaire et pas ici. La ressource intellectuelle est disponible. Il y a l’université et l’IUT. Les seules qui soient francophones et de ce niveau à six mille kilomètres à la ronde. La ressource technique s’y trouve aussi. Pourvoir à ce qui manquerait serait un robuste moteur local de progrès collectif. Installer les centres de recherche et de réalisation sur place, c’est accumuler un savoir et un savoir faire qui pourrait être un capital scientifique et technique de longue durée et de longue portée. Toute la zone a besoin de ces savoirs et de ces techniques. Un territoire isolé passerait ainsi aux avant postes des techniques de notre temps. Voilà les enjeux : l’autonomie énergétique et la relocalisation de sa production et une locomotive du progrès humain. Cette argumentation va être au cœur de notre programme de planification écologique..."

La suite du compte-rendu sur le blog de Jean-Luc Mélenchon : http://www.jean-luc-melenchon.fr/




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