sak ifé nout jordu ék nout demin

Illettrisme et calendrier scolaire à La Réunion


Culture - Kiltir
Mardi 28 Avril 2015

Le Recteur de La Réunion ayant déclaré lors d’une récente interview : «l’une des conséquences des grands temps de vacances c’est 115.000 illettrés à La Réunion», le professeur de philosophie Jean-Michel Lucas réagit dans ‘’Le Quotidien ‘’ du 23 avril 2015 en posant notamment la question : «…dans quel pays du monde avez-vous vu des enfants travailler pendant les mois les plus chauds et les plus difficiles et se reposer pendant les mois les plus frais ?». Ainsi se trouve posé une fois de plus le problème de notre actuel calendrier scolaire.


Afin qu’une solution rationnelle soit enfin apportée à ce problème récurrent qui nous concerne tous, il me paraît utile de rappeler un certain nombre de recommandations, de prises de position et de décisions relatives à l’organisation de notre année scolaire au cours des toutes dernières décennies.

Le 16 mars 1979, le ministre de l’Éducation nationale Christian Beullac  affirme : la création de zones scolaires permettra de «mieux prendre en compte les contraintes locales (géographie, climat,… préférences de la population». Ce qui conduit le recteur de l’Académie d’Aix, à laquelle était alors rattachée La Réunion, à déclarer lors d’une visite dans l’île en juillet 1979 qu’il laisse aux Réunionnais «le choix entre le statu-quo et l’année climatique».

Quelle est la suite donnée à de telles déclarations ? 

 

Grignotage des vacances de février… 

 

Des avis portés à la connaissance de l’opinion, retenons celui formulé en juin 1979 par la Direction diocésaine de l’enseignement catholique : «Il serait beaucoup plus logique et intéressant d’ajuster l’année scolaire à l’année civile». 

De son côté, le vice-recteur Charles Boyer estime que les longues vacances d’été sont responsables de la déperdition de l’acquis scolaire du premier trimestre et fixe au 23 février 1982 une rentrée scolaire qui s’effectuait début mars au cours des années 60 et 70. 

Le grignotage des vacances de février se poursuit à partir de la création de l’Académie de La Réunion, en novembre 1984. Dès sa prise de fonction en décembre 1984, le recteur Jacques Georgel déclare : «Les longues vacances d’été sont un handicap pour les enfants du primaire, pour les bacheliers et pour mes services». 

Le processus de la réduction des vacances de février est désormais engagé. La durée du repos scolaire, en février, fixé à 16 jours en 1986, ne sera plus que de 11 jours en 1988, 5 jours en 1995 et 3 jours en 1999. Pour cette dernière année, les vacances d’été auront une durée de 47 jours; soit moins de 7 semaines, contre 9 semaines au début des années 1980 et 8 semaines au début des années 1990.

 

…puis celles de janvier

 

Après la suppression de la totalité des vacances de février, le rectorat s’est attaqué au début des années 2000 aux vacances de janvier, qui se réduisent au fil des ans. Le but poursuivi étant manifestement l’alignement pur et simple du calendrier scolaire réunionnais sur celui de la France hexagonale. 

D’ores et déjà, chacun peut constater que la réduction des vacances d’été a eu pour corollaire l’allongement des vacances de la saison fraîche (juillet et août). Ces dernières devenant aujourd’hui plus longues que celles de la saison chaude. 

 

Un combat à poursuivre

 

Cela nous amène à poser la question suivante : y a-t-il dans le monde un seul pays dans lequel les vacances d’hiver sont plus longues que les vacances d’été ? La réponse est incontestablement non. Pour la simple raison que la saison fraîche est plus propice que la saison chaude aux activités tant physiques qu’intellectuelles. 

Il me faut par ailleurs faire observer que jusqu’ici, le rectorat a obstinément refusé de tenir compte de l’avis des parents lors des modifications apportées au calendrier scolaire. Je rappelle que ces derniers se sont exprimés notamment en 1988 et en 2001 à l’occasion de sondages effectués respectivement par le journal ‘’Le Quotidien’’ et ‘’Le Journal de l’Ile de La Réunion’’. Le premier sondage donnait une majorité confortable à l’année climatique. Le second sondage permettait au ‘’JIR’’ d’écrire : «Une large majorité (de parents) privilégie le calendrier climatique».

Le rectorat s’est également abstenu de tenir compte de l’avis exprimé à Saint-Denis en mai 1988 par le professeur Hubert Montagner et en juillet 1990 par Francine Best, la directrice de l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP), venue animer un colloque à Saint-Denis. Le premier, un chercheur mondialement réputé, a estimé que les vacances d’été ne peuvent être inférieures à deux mois; la seconde s’est déclarée favorable à l’année climatique.

Comment ne pas souligner enfin que le calendrier actuellement en vigueur à La Réunion n’est pas conforme à la loi d’orientation sur l’Éducation du 10 juillet 1989. Cette loi permet «d’adapter (à La Réunion) le calendrier scolaire national afin de mieux prendre en compte les contraintes locales (géographiques, climatiques…)». Le rectorat ne peut ignorer que dans une île tropicale comme la nôtre, les moments de très grande difficulté biologique et psychologique pour les élèves se situent au cœur des étés chauds et humides. 

Il est donc impératif que le combat se poursuive pour que, comme en Nouvelle-Calédonie, le calendrier climatique soit appliqué à La Réunion. Notre système éducatif sera alors mieux armé pour combattre l’illettrisme. 


Eugène Rousse



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Les commentaires

1.Posté par Gérard Jeanneau le 29/04/2015 03:23
u[RAPPEL]u

Deux malheureux cyclones ont mis en ébullition la FSU et quelques apôtres, apparemment sans grande attache avec la Métropole : pour La Réunion, en raison des fortes chaleurs de l'été austral, il faut impérativement un calendrier climatique, une année scolaire de mars à décembre avec un bac cocotier que l'on passerait fin novembre - osons le dire - un bac arrangé comme on le fait pour le rhum.

Le PDBS - Parti Du Bon Sens - s'oppose fermement à ce projet et avance froidement des arguments de poids :

1 - Seule la côte réunionnaise est concernée par les fortes chaleurs. Sont à l'abri de la fournaise, imaginée par la FSU, les établissements scolaires du Tampon, de la Plaine des Cafres, de Salazie, de Cilaos, de la Montagne, de Dos d'Âne, de la Saline-les-Hauts, de Saint-Gilles-les-Hauts, de la Petite France, de Tan-Rouge, du Bernica, de Guillaume, de Bras-Canot, de Trois-Bassins, de la Chaloupe-Saint-Leu. Et la liste ne semble pas exhaustive ! Bref ! plus d'un établissement sur deux connaît un climat presque paradisiaque, bien adapté au calendrier scolaire actuel.

2 - Sur la côte, pour atténuer la chaleur, il faut climatiser les écoles primaires et, d'urgence, les classes de CP et de Maternelles. La climatisation peut fonctionner seulement de 10 heures à 15 heures.

3 - Sur la côte, il faut aménager les fameuses dalles de béton qui servent de toit de façon qu'elles ne soient plus en contact avec les rayons du soleil. Claude Hoarau, Huguette Bello, Langenier ont du pain sur la planche. Ce n'est pas la peine de vociférer contre cette chaleur tropicale quand on l'entretient soi-même avec autant de soin. On a alors une autre version du pyromane épouvanté qui crie au feu. Que chaque parent recense les fameux toits en béton et on se rendra compte qu'ils font de la résistance, et bien longtemps après l'ère de Debré.

4 - Des professeurs signalent que les élèves sont inattentifs et même indisciplinés à cause de la chaleur. Soit ! Mais le PDBS se demande sur un ton un brin dubitatif, si c'est bien à cause de la chaleur ou si ce n'est pas plutôt à cause de la qualité du cours qui laisse quelque peu à désirer. La parole est aux élèves sur ce point.

5 - Les frais de climatisation ne devraient pas excéder ceux du chauffage des locaux métropolitains : les fortes chaleurs ne couvrent que trois mois de l'actuel calendrier, et le froid, dans l'autre hémisphère, sévit de novembre à mars et même avril en montagne. Que les maires, sous nos cocotiers, ne crient pas à l'assassin !

5 - En voulant imposer le calendrier climatique, les côtiers, accrochés à leurs cocotiers, empêcheraient les élites de continuer à briller lors des prestigieux concours nationaux. Elles devraient attendre l'année suivante pour se présenter, et, alors, on ne peut mieux faire pour mettre sous le boisseau les bons cerveaux de La Réunion.

Le PDBS prie instamment le recteur d'Académie de ne pas se mettre en ébullition sur ce sujet, comme le fait la bouillante FSU. Adopter le calendrier climatique, ce serait paradoxalement envoyer tous les élèves cuire au soleil, à la plage, pour y rencontrer leurs professeurs, se livrant tous aux douceurs du farniente. Pourquoi cuire si horriblement en classe quand on peut cuire si agréablement à la plage ? tel est le beau raisonnement de la FSU !

Le chargé de COM du PDBS, Gérard Jeanneau

La Possession, le 11 février 2013

2.Posté par violon le 29/04/2015 07:45
Gérard Jeanneau, i voi na lontan ou lé pu dan lékol…

3.Posté par Gérard Jeanneau le 29/04/2015 10:17
Eugène Rousse brasse du vent comme la FSU. A son tour, il se met en ébullition !

Inutilement ! La meilleure des preuves est que pour le bac général de 2013 on a eu 79% de succès à La Réunion alors qu'en Nouvelle Calédonie on a 74,2% de succès au bac de 2012 (toutes options confondues).

Les candidats au bac général de la Nouvelle Calédonie devraient venir se former ... à La Réunion !


Entre nous soit dit, la soupe est toujours meilleure chez le voisin !

Et pour ne plus avoir à entendre le son du violon aux cordes usées, je signale que j'ai enseigné à Saint-Joseph et au Tampon (les Trois-Mares). Je n'ai pas souffert de la chaleur, mes élèves non plus !

Bref ! la messe est dite !



La messe est dite !

4.Posté par souprayenmestry thierry le 09/05/2015 08:51
bonjour,le premier problème est pédagogique et didactique,le deuxième est un problème climatique(froid,chaud) .
-oui Mr rousse a raison,nous ne pouvons pas couper le deuxième trimestre de un mois et demi:cela pose un véritable problème de consolidation des apprentissages.les élèves touchés sont ceux qui n'ont pas de suivi à la maison soit plus de 50% d'élèves réunionnais(ceux qui cumulent,des problèmes de lecture,la misère culturelle,d’être des non nageurs...:les 50% en dessous du seuil de pauvreté)
-l'autre problème,est grave mais sert toujours de polémique pour fermer les yeux sur la société réunionnaise.
il faut se demander à qui profite le crime,apartheid ,la ségrégation,...
il y a assez d'agrégés réunionnais pour pondre un bac(vu le niveau demandé sur toute la France)

5.Posté par Gérard Jeanneau le 11/05/2015 09:48
La longue coupure d'un mois et demi ne nuit pas outre mesure. La preuve ! malgré cette coupure, on a eu 79% de succès au bac général ... alors que, sans cette coupure, en Nouvelle Calédonie, on a eu au bac, toutes options confondues, 74,2% de succès.

La messe est dite et bien dite !

6.Posté par Béf Brankar le 11/05/2015 11:37
Gérard Jeanneau, tu ne vas pas me faire croire que tu n'as jamais participé à des "réglages de notation" pour atteindre les objectifs de l'Académie.
Moi j'y été… Cette fois là, la moyenne est descendue, descendue, descendue plus proche de 5 que du 10/20… pour atteindre les fameux 79%…

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