"Choses", biens, meubles, niées durant leur existence, elles ont été de surcroît et le sont encore trop souvent les grandes oubliées de l’Histoire de la Réunion.
Nous souhaitons que cette commémoration soit l’occasion de montrer que l’histoire des femmes n’est ni périphérique, ni marginale, qu’elle n’est pas déconnectée de l’Histoire avec un grand H.
Nos aïeules ont été esclaves. Elles ont aussi résisté.
Servitude et résistance, esclavage et marronnage sont constitutifs de l'histoire des femmes à la Réunion. Sitôt débarquées sur cette terre inconnue, les trois premières femmes malgaches, les premières mères de cette île qui s’appelait alors Bourbon, vont s’enfuir dans les montagnes inaugurant ainsi l'ère des innombrables luttes menées par les Réunionnaises pour conquérir, défendre et préserver leur liberté, leur dignité.
Les Réunionnaises n’ont jamais baissé les bras. A toutes les époques, elles ont été des « femmes debout ». Elles ont supporté les échecs. Elles ont savouré les victoires. Mais elles ont toujours lutté.
Elles ont lutté pour l’abolition de l’esclavage.
Elles ont lutté pour mettre fin au système colonial.
Elles ont lutté pour que leur citoyenneté aussi soit réelle.
Aujourd’hui, en ce début de 21e siècle, les Réunionnaises doivent faire face à d’autres défis.
Celui que leur offre le marché du travail n’est pas, loin s’en faut, le plus facile. Si les femmes ont bien sûr travaillé de tout temps, leur arrivée sur le marché du travail a été tardive. Tardive mais massive. Alors qu’elles ne représentaient en 1946 que 20% de la population active, elles en constituent aujourd’hui 45%.
Sur notre marché du travail réunionnais où le chômage atteint des sommets et où personne désormais n’est à l’abri de ce fléau, elles sont très souvent, trop souvent privées d’emplois. Le tiers des Réunionnaises (62 000 femmes en âge de travailler) sont au chômage. Et je ne parle pas ici ni du travail partiel subi, ni des emplois précaires.
La crise qui secoue la planète ne nous a pas épargné. Déjà fragile, notre marché du travail se déstructure et les femmes en sont les victimes les plus nombreuses et les plus vulnérables.
Le tableau s’assombrit encore un peu plus lorsqu’on se penche sur le sort des plus jeunes. La situation est connue et les chiffres donnent le vertige. Près de 60% de nos jeunes subissent le manque d’emplois et toutes les conséquences qui sont liées à ce qui s’apparente à un séisme permanent.
Notre jeunesse est la seule à vivre cette réalité dans l’Union européenne. Même en Grèce, les jeunes sont en quelque sorte mieux lotis. Nos jeunes, nos enfants, veulent travailler. Ils nous le disent constamment, tous les jours, sur tous les tons, y compris parfois avec violence. Notre jeunesse veut travailler. Il faut marteler cette volonté.
Nous comptons sur vous, Madame la Ministre, pour relayer et faire à nouveau entendre cette demande auprès du gouvernement.
Face à une réalité aussi exorbitante, on oublierait presque de dire que le chômage qui frappe les jeunes femmes se hisse à des niveaux encore plus élevés.
Sur dix jeunes chômeurs, six sont des filles. Et il n’est pas rare qu’une jeune femme soit déjà une chômeuse de longue durée avant d’atteindre ses vingt-cinq ans.
Pourtant, depuis plusieurs décennies, les jeunes filles sortent plus diplômées du système scolaire que les garçons.
Plus diplômées, elles sont davantage au chômage.
Plus diplômées, elles accèdent aussi rarement aux responsabilités dans le privé comme dans la fonction publique. Elles éprouvent toutes les peines du monde à progresser dans les hiérarchies du monde du travail : le plafond de verre, les Réunionnaises aussi le vivent.
Quel que soit le secteur d’activité, l’égalité professionnelle demeure virtuelle. Chez les cadres réunionnais, une femme gagne l’équivalent de 76,8% du salaire d’un homme et chez les ouvriers qualifiés une femme gagne 68,8% du salaire d’un homme.
Les multiples lois votées (sept je crois) jusqu’ici pour affirmer et réaffirmer cette exigence d’égalité sont restées lettre morte. Nous savons qu’un de vos grands chantiers est de faire vivre réellement ce principe d’égalité dans le monde professionnel. Nous vous soutenons pleinement dans cette volonté.
Le parcours professionnel des femmes a inévitablement des répercussions sur leur retraite. Comme elles sont très nombreuses à travailler (il faudrait plutôt dire à être obligées de travailler) à temps partiel (une femme sur trois contre un homme sur dix) et qu’elles doivent le plus souvent se contenter d’un emploi à durée limitée voire très limitée, elles ont du mal à cumuler les annuités nécessaires.
Nous avons calculé qu’en travaillant en moyenne l’équivalent de quatre mois à temps complet par an, comme c’est le cas aujourd’hui, une femme devrait travailler une centaine d’années pour avoir droit à une retraite à taux plein.
Notre Municipalité est soucieuse de l’insertion professionnelle des femmes. C’est une des raisons qui nous a motivés pour développer, dès notre arrivée, une politique très volontariste en faveur de la petite enfance.
Depuis 2009, nous avons ouvert une trentaine de structures d’accueil jeunes enfants dont 25 micro-crèches, soit 550 places offertes.
Nous avons inauguré il y a quelque mois une double crèche. D’autres projets sont en cours. Plus de 10% des places créées sur le territoire national l’ont été à Saint-Paul.
Mais il y a encore beaucoup à faire à la Réunion. Un seul chiffre pour donner une idée de notre marge de progression : le taux d’équipement en places de crèches est de 55 pour 1000 enfants nés au cours des trois dernières années alors qu’il est de 115 places pour 1 000 enfants dans l’Hexagone. Je veux insister sur le fait qu’investir dans ces structures d’accueil, c’est répondre aux besoins des familles. C’est aussi créer des emplois et des emplois non délocalisables.
Une des grandes conquêtes des femmes a été l’accès à la contraception et la maîtrise de leur fécondité. Françoise Héritier nous le rappelle constamment et parle à ce propos « d’un tournant sans précédent dans l’histoire humaine.»
A la Réunion, cette évolution a été fulgurante. Elle étonne encore les démographes. En quelques décennies, le taux de fécondité est passé de plus de 6 enfants par femme dans les années 60 à 2,3 aujourd’hui. La contraception fait partie de la vie des Réunionnaises.
Pour autant, il ne faut pas passer sous silence que la situation reste préoccupante. Depuis 10 ans le nombre d’IVG (interruption volontaire de grossesse) n’a pratiquement pas baissé et stagne aux alentours des 4500.
Ce qui nous préoccupe beaucoup et oblige à une action forte c’est que plus de la moitié des IVG concerne des jeunes femmes de moins de 25 ans, avec parmi elles, une forte proportion de mineures. Chaque année, 600 mineures subissent une IVG.
Nous restons persuadés qu’il est indispensable de lancer de grandes campagnes d’information sur la contraception et surtout de renforcer l'éducation à la santé et à la sexualité dans les établissements scolaires. A cet effet, les nouvelles technologies de communications pourront être un vecteur très efficace.
Nous sommes d’autant plus convaincus de la nécessité de telles actions auprès des adolescentes que, chaque année, près de 600 mineures donnent naissance à des bébés.
J’ai déjà attiré votre attention à l’Assemblée sur ces grossesses précoces dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour les jeunes mères et pour les enfants.
Je sais qu’au-delà du remboursement à 100% des contraceptifs, vous envisagez d’autres actions. Comme vous vous en doutez, elles seront les bienvenues et nous les attendons avec impatience.
Je ne peux pas terminer sans évoquer une cause qui nous préoccupe beaucoup, je veux parler bien sûr de la lutte contre les violences faites aux femmes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans notre île, en 2011, six femmes sont tombées au champ d’horreur de la violence conjugale. En 2012, 1500 plaintes ont été enregistrées soit près de cinq plaintes par jour, essentiellement pour des violences physiques.
La mise en place d’un dispositif-cadre de protection intégrale contre les violences faites aux femmes s’impose comme une urgence politique et sociétale.
Avec un dispositif-cadre, c’est un changement de culture que les femmes veulent, que la société attend.
Nous ne sous-estimons pas les avancées de ces dernières années, mais nous connaissons les insuffisances qui demeurent pour lutter, en France aussi, contre ce phénomène universel.
Un dispositif global aurait l’avantage de couvrir aussi bien les aspects préventifs, éducatifs, sociaux que les aspects législatifs civils et pénaux sans oublier les aspects procéduraux et d’organisation judiciaire.
Dans ce dispositif-cadre, l'hébergement d'urgence pourrait enfin trouver la place prioritaire qui doit lui revenir.
Les demandes d'hébergement sont croissantes et les places stagnent. Ici même dans la région Ouest, nous sommes en attente d’un Centre d’hébergement d’urgence depuis de nombreuses années.
La Réunion ne vit pas à l’écart de ce qu’on appelle la mondialisation. Les crises engendrées par cette nouvelle organisation du monde sont aussi les nôtres. Ces crises bouleversent les sociétés et les êtres, renforcent les inégalités et les injustices, provoquent des souffrances et des drames. Elles demandent des réponses adaptées et innovantes. Si dans cette recherche, les femmes peuvent occuper toute leur place, si l’expression de leurs talents n’est pas entravée, c’est toute la société qui y gagnera".
Nous souhaitons que cette commémoration soit l’occasion de montrer que l’histoire des femmes n’est ni périphérique, ni marginale, qu’elle n’est pas déconnectée de l’Histoire avec un grand H.
Nos aïeules ont été esclaves. Elles ont aussi résisté.
Servitude et résistance, esclavage et marronnage sont constitutifs de l'histoire des femmes à la Réunion. Sitôt débarquées sur cette terre inconnue, les trois premières femmes malgaches, les premières mères de cette île qui s’appelait alors Bourbon, vont s’enfuir dans les montagnes inaugurant ainsi l'ère des innombrables luttes menées par les Réunionnaises pour conquérir, défendre et préserver leur liberté, leur dignité.
Les Réunionnaises n’ont jamais baissé les bras. A toutes les époques, elles ont été des « femmes debout ». Elles ont supporté les échecs. Elles ont savouré les victoires. Mais elles ont toujours lutté.
Elles ont lutté pour l’abolition de l’esclavage.
Elles ont lutté pour mettre fin au système colonial.
Elles ont lutté pour que leur citoyenneté aussi soit réelle.
Aujourd’hui, en ce début de 21e siècle, les Réunionnaises doivent faire face à d’autres défis.
Celui que leur offre le marché du travail n’est pas, loin s’en faut, le plus facile. Si les femmes ont bien sûr travaillé de tout temps, leur arrivée sur le marché du travail a été tardive. Tardive mais massive. Alors qu’elles ne représentaient en 1946 que 20% de la population active, elles en constituent aujourd’hui 45%.
Sur notre marché du travail réunionnais où le chômage atteint des sommets et où personne désormais n’est à l’abri de ce fléau, elles sont très souvent, trop souvent privées d’emplois. Le tiers des Réunionnaises (62 000 femmes en âge de travailler) sont au chômage. Et je ne parle pas ici ni du travail partiel subi, ni des emplois précaires.
La crise qui secoue la planète ne nous a pas épargné. Déjà fragile, notre marché du travail se déstructure et les femmes en sont les victimes les plus nombreuses et les plus vulnérables.
Le tableau s’assombrit encore un peu plus lorsqu’on se penche sur le sort des plus jeunes. La situation est connue et les chiffres donnent le vertige. Près de 60% de nos jeunes subissent le manque d’emplois et toutes les conséquences qui sont liées à ce qui s’apparente à un séisme permanent.
Notre jeunesse est la seule à vivre cette réalité dans l’Union européenne. Même en Grèce, les jeunes sont en quelque sorte mieux lotis. Nos jeunes, nos enfants, veulent travailler. Ils nous le disent constamment, tous les jours, sur tous les tons, y compris parfois avec violence. Notre jeunesse veut travailler. Il faut marteler cette volonté.
Nous comptons sur vous, Madame la Ministre, pour relayer et faire à nouveau entendre cette demande auprès du gouvernement.
Face à une réalité aussi exorbitante, on oublierait presque de dire que le chômage qui frappe les jeunes femmes se hisse à des niveaux encore plus élevés.
Sur dix jeunes chômeurs, six sont des filles. Et il n’est pas rare qu’une jeune femme soit déjà une chômeuse de longue durée avant d’atteindre ses vingt-cinq ans.
Pourtant, depuis plusieurs décennies, les jeunes filles sortent plus diplômées du système scolaire que les garçons.
Plus diplômées, elles sont davantage au chômage.
Plus diplômées, elles accèdent aussi rarement aux responsabilités dans le privé comme dans la fonction publique. Elles éprouvent toutes les peines du monde à progresser dans les hiérarchies du monde du travail : le plafond de verre, les Réunionnaises aussi le vivent.
Quel que soit le secteur d’activité, l’égalité professionnelle demeure virtuelle. Chez les cadres réunionnais, une femme gagne l’équivalent de 76,8% du salaire d’un homme et chez les ouvriers qualifiés une femme gagne 68,8% du salaire d’un homme.
Les multiples lois votées (sept je crois) jusqu’ici pour affirmer et réaffirmer cette exigence d’égalité sont restées lettre morte. Nous savons qu’un de vos grands chantiers est de faire vivre réellement ce principe d’égalité dans le monde professionnel. Nous vous soutenons pleinement dans cette volonté.
Le parcours professionnel des femmes a inévitablement des répercussions sur leur retraite. Comme elles sont très nombreuses à travailler (il faudrait plutôt dire à être obligées de travailler) à temps partiel (une femme sur trois contre un homme sur dix) et qu’elles doivent le plus souvent se contenter d’un emploi à durée limitée voire très limitée, elles ont du mal à cumuler les annuités nécessaires.
Nous avons calculé qu’en travaillant en moyenne l’équivalent de quatre mois à temps complet par an, comme c’est le cas aujourd’hui, une femme devrait travailler une centaine d’années pour avoir droit à une retraite à taux plein.
Notre Municipalité est soucieuse de l’insertion professionnelle des femmes. C’est une des raisons qui nous a motivés pour développer, dès notre arrivée, une politique très volontariste en faveur de la petite enfance.
Depuis 2009, nous avons ouvert une trentaine de structures d’accueil jeunes enfants dont 25 micro-crèches, soit 550 places offertes.
Nous avons inauguré il y a quelque mois une double crèche. D’autres projets sont en cours. Plus de 10% des places créées sur le territoire national l’ont été à Saint-Paul.
Mais il y a encore beaucoup à faire à la Réunion. Un seul chiffre pour donner une idée de notre marge de progression : le taux d’équipement en places de crèches est de 55 pour 1000 enfants nés au cours des trois dernières années alors qu’il est de 115 places pour 1 000 enfants dans l’Hexagone. Je veux insister sur le fait qu’investir dans ces structures d’accueil, c’est répondre aux besoins des familles. C’est aussi créer des emplois et des emplois non délocalisables.
Une des grandes conquêtes des femmes a été l’accès à la contraception et la maîtrise de leur fécondité. Françoise Héritier nous le rappelle constamment et parle à ce propos « d’un tournant sans précédent dans l’histoire humaine.»
A la Réunion, cette évolution a été fulgurante. Elle étonne encore les démographes. En quelques décennies, le taux de fécondité est passé de plus de 6 enfants par femme dans les années 60 à 2,3 aujourd’hui. La contraception fait partie de la vie des Réunionnaises.
Pour autant, il ne faut pas passer sous silence que la situation reste préoccupante. Depuis 10 ans le nombre d’IVG (interruption volontaire de grossesse) n’a pratiquement pas baissé et stagne aux alentours des 4500.
Ce qui nous préoccupe beaucoup et oblige à une action forte c’est que plus de la moitié des IVG concerne des jeunes femmes de moins de 25 ans, avec parmi elles, une forte proportion de mineures. Chaque année, 600 mineures subissent une IVG.
Nous restons persuadés qu’il est indispensable de lancer de grandes campagnes d’information sur la contraception et surtout de renforcer l'éducation à la santé et à la sexualité dans les établissements scolaires. A cet effet, les nouvelles technologies de communications pourront être un vecteur très efficace.
Nous sommes d’autant plus convaincus de la nécessité de telles actions auprès des adolescentes que, chaque année, près de 600 mineures donnent naissance à des bébés.
J’ai déjà attiré votre attention à l’Assemblée sur ces grossesses précoces dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour les jeunes mères et pour les enfants.
Je sais qu’au-delà du remboursement à 100% des contraceptifs, vous envisagez d’autres actions. Comme vous vous en doutez, elles seront les bienvenues et nous les attendons avec impatience.
Je ne peux pas terminer sans évoquer une cause qui nous préoccupe beaucoup, je veux parler bien sûr de la lutte contre les violences faites aux femmes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans notre île, en 2011, six femmes sont tombées au champ d’horreur de la violence conjugale. En 2012, 1500 plaintes ont été enregistrées soit près de cinq plaintes par jour, essentiellement pour des violences physiques.
La mise en place d’un dispositif-cadre de protection intégrale contre les violences faites aux femmes s’impose comme une urgence politique et sociétale.
Avec un dispositif-cadre, c’est un changement de culture que les femmes veulent, que la société attend.
Nous ne sous-estimons pas les avancées de ces dernières années, mais nous connaissons les insuffisances qui demeurent pour lutter, en France aussi, contre ce phénomène universel.
Un dispositif global aurait l’avantage de couvrir aussi bien les aspects préventifs, éducatifs, sociaux que les aspects législatifs civils et pénaux sans oublier les aspects procéduraux et d’organisation judiciaire.
Dans ce dispositif-cadre, l'hébergement d'urgence pourrait enfin trouver la place prioritaire qui doit lui revenir.
Les demandes d'hébergement sont croissantes et les places stagnent. Ici même dans la région Ouest, nous sommes en attente d’un Centre d’hébergement d’urgence depuis de nombreuses années.
La Réunion ne vit pas à l’écart de ce qu’on appelle la mondialisation. Les crises engendrées par cette nouvelle organisation du monde sont aussi les nôtres. Ces crises bouleversent les sociétés et les êtres, renforcent les inégalités et les injustices, provoquent des souffrances et des drames. Elles demandent des réponses adaptées et innovantes. Si dans cette recherche, les femmes peuvent occuper toute leur place, si l’expression de leurs talents n’est pas entravée, c’est toute la société qui y gagnera".











