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Stéphane Ducamp : "Que faut-il penser du débat sur le mariage pour tous ?"


Invité(e)
Mardi 6 Novembre 2012

"Les cloches sonnent, et les oreilles sifflent, mais peut-on dire qu'il y a débat sur le sujet du "mariage pour tous"? Si un débat est un échange d'idées, le sujet en tout cas ne fait pas recette. Chaque jour qui passe apporte son lot d'invectives, de propos maladroits, d'idées reçues et éculées".


Stéphane Ducamp : "Que faut-il penser du débat sur le mariage pour tous ?"
"De débat, il ne semble guère y en avoir. Il faut remarquer que les médias jouent parfaitement leur rôle d’harangueurs de foules. Peu enclines à développer le sujet, à fournir des éléments de réflexion, à expliquer, à exprimer les contenus (comme le texte de loi lui-même), les presses écrites ou audiovisuelles préfèrent opposer les "pro-mariage pour tous" aux "anti-mariage homosexuel".

Rien que dans le vocabulaire usité, les médias en restent au mariage homosexuel plus vendeur, et plus ouvert aux polémiques dans tous les sens au grand plaisir des intégristes de tous bords se voyant ainsi affublés d’une tribune supplémentaire, laissant libre court à leurs ébats liturgiques et rétrogrades.

A des interviews au sortir de réunions paroissiales sur le « mariage homosexuel » succède celle d’un représentant associatif sur le « mariage pour tous », cherchez l’erreur.

Mais qu’en est-il du débat ?

Débat à cet instant il n’y en a que peu ou prou, du fait que les socialistes (élus locaux en queue) évitent clairement le sujet quelque peu embarrassant quand leur leader (élu aussi pour l’engagement 31) prend l’eau dans les sondages. Les socialistes réunionnais n’assurent pas le service postélectoral, sans parler de l’irréductible Lebreton, socialiste qui ne s’est prononcé contre l’engagement 31 qu’après avoir été élu.

Les socialistes réunionnais n’ont pas daignés se prononcer ouvertement sur le sujet, et guère plus soutenir ceux qui se battent pour l’égalité et la légalité (marche du 20 octobre). Nos parlementaires socialistes réunionnais ne se sentent ni motivés, ni concernés sur un engagement pris démocratiquement par eux.

Et pourtant, n’est-ce pas eux les mieux à même de pondérer le débat, de l’étayer, de le valoriser, d’en faire un vrai choix de société et non un slogan à ameuter des voix (ou à en perdre) ?

Et puis, pour tout vous dire, le « mariage pour tous » ne sera pas la solution aux discriminations homophobes contrairement aux réflexions de certains ministres.

Et même paradoxalement, il est fort possible que dans un premier temps celui-ci soit un facteur indirect d’homophobie, radicalisant un peu plus les anti-homos et bon croyants.

Alors, où est le débat et qui est dans le débat ? Le monde associatif, le clergé, Monseigneur Aubry en tête, chacun campé dans ses positions.

L’un débat du mariage religieux en bon propriétaire, et de procréation dans la totale antinomie avec le terme "mariage homosexuel", les autres de "mariage pour tous" égalitaire, laïque et républicain sans que personne ne vienne recadrer le sujet. Je vous rassure, ne comptez pas sur la pédagogie de la presse qui voit dans la binarité des échanges ses ventes augmenter.

Et bien, il faut l’avouer, nous n’avons pas le même sujet, et bien, oui, le débat est tronqué par manque d’explications. Ce n’est pas un débat mais bien deux soliloques qui ont lieu, et personne pour recentrer le susdit échange d’idées qui de ce fait n’en est pas un.

Alors, pour être pédagogue et créer le débat, quelques indications, et pistes de réflexion : Si la loi venait à passer, ce qui est notre souhait, au-delà de la population homosexuelle, c’est avant tout aux femmes que cette loi va profiter, les rendant égales  des hommes dans le code civil avec la disparition de la différentiation "mari/femme" au profit "des époux". La loi ne s’appliquant pas de la même manière, en cas de divorce par exemple, à un homme et à une femme.

En légiférant sur le sujet la France met un terme à des complications juridiques pour les couples d’un même sexe : logement, emprunts bancaires, héritage et bien sur l’adoption. L’adoption qui en découlera se fera en toute transparence, sans plus d’avantage pour un couple homosexuel qu’un couple standard, ne vous y trompez pas.

Sur l’adoption, n’en déplaise à nos contradicteurs, la loi ne changera pas grand-chose. Si elle ne passait pas, rien n’empêchera, comme cela se fait à l’heure actuelle, les couples homosexuels d’adopter en tant que célibataire (ceux-ci se séparant durant l’adoption, le temps de la procédure), si ce n’est que dans ce cas là, un seul parent est reconnu, ce qui n’offre guère un cadre "sécurisant" pour l’enfant adopté.

Dans le cas contraire, il nous reste à légiférer pour interdire l’adoption aux célibataires dans un délit de sexualité supposée et donc discriminant. Si cette loi est votée, elle offrira aux couples un cadre juridique préservant les droits de tout un chacun au sein de la famille (et oui, il faut bien le dire, ces couples formeront, de fait, une famille), et assurera une considération pleine et entière des services de l’état par la reconnaissance de celle-ci, permettant à l’enfant un développement serein (et oui, c’est la sérénité de l’enfant et sa sécurité qui nous préoccupent).

Au-delà d’un pragmatisme au quotidien, en légiférant, la France "pays des droits de l’homme", se met un peu plus en accord avec sa devise, non pas l’euro, mais "Liberté, Egalité, Fraternité".

Pour être un peu plus clair, je me permets de rappeler que nos valeurs sont celles de la société dans laquelle nous avons tous grandi. Que ces changements ne feront rien vaciller, tout au plus ils donneront une réalité juridique à des choses qui existent déjà, et qui ne vont pas surgir au lendemain d’une loi.

Chaque année des couples d’un même sexe se forment avec des projets d’avenir, chaque année, des couples d’un même sexe adoptent, chaque année, ces personnes vous croisent sans que vous n’en ayez conscience, gardant pour elles leurs particularités.

Pour information, l’institut national d’études démographiques recense 35 000 enfants vivant dans des familles homoparentales, dix fois plus pour l’Association des parents gay et lesbiens.

Ne pas tenir compte de ces réalités, c’est nier une partie de notre société (10% environ), c’est leur refuser un avenir, un droit d’exister.
A quand un débat posé, argumenté, clair et ouvert ?

Je vous rassure, je connais bon nombre de familles homoparentales et elles ressemblent dans leur conformisme à toutes les autres, mais là est un autre débat".

Délégué régional du Refuge reunion@le-refuge.org



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