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Rapport de la Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc


Dans la presse
Mercredi 1 Février 2012

La Cour des Comptes rendra public demain un rapport sur les coûts du nucléaire qui fera date. Pourquoi ?


Rapport de la Cour des Comptes : le nucléaire a mangé son pain blanc
- Parce qu’il met en pièces le mythe du nucléaire bon marché. Les chiffres accumulés par la Cour sont sans appel : depuis des décennies, on a menti sur le coût du nucléaire. Celui-ci se trouve au minimum (et malgré les inconnues rappelées ci-dessous) 20% plus cher que les évaluations précédentes. Et cela, même si, de l’aveu de la Cour, les coûts pharaoniques de la recherche nucléaire n’ont pas été intégrés.
- Parce qu’il confirme le coût indécent du nucléaire futur. Même si les chiffres antérieurs du nucléaire ont été sous-évalués, il est clair aujourd’hui que cette énergie a mangé son pain blanc. Dorénavant, qu'on choisisse de prolonger la durée de vie des réacteurs existants (en les sécurisant et en tentant de les faire tenir 10 à 20 ans de plus), ou qu’on choisisse de construire des EPR pour les remplacer, le coût du kWh sera près de deux fois plus élevé que le prix actuel.
- Parce qu’il démontre que la Cour des Comptes ne sait pas chiffrer le coût réel du nucléaire. Qu'on en juge : qu'il s'agisse du coût des travaux de sécurisation post-Fukushima (dont il faut rappeler qu’ils n’intègrent même pas la sécurité anti-agression terroriste), du démantèlement, de la gestion des déchets, de l'assurance en cas d'accident majeur en France, la Cour des Comptes reconnaît son incapacité à chiffrer et est obligée de s'en tenir à de vagues hypothèses.

Les représentants du lobby tenteront sans doute de minimiser l'impact de ce rapport. Mais, qu’on le veuille ou non, en matière d’industrie nucléaire, on avance à l'aveugle. Cette énergie dite professionnelle, à la pointe de la techno-science, est entièrement pilotée à vue.

L'abîme est d'autant plus vertigineux si on compare le constat de carence en matière nucléaire avec les exigences posées par les mêmes décideurs au sujet des alternatives, qu'il s'agisse des énergies renouvelables ou de l'efficacité et de la sobriété énergétiques.

IL faut désormais inverser la charge de la preuve : non seulement le chiffrage de la sortie du nucléaire doit être établi, mais plus encore le coût d’une poursuite éventuelle du nucléaire. Quand disposerons-nous d’un scénario d'avenir des pro-nucléaires, qui aurait le même niveau d'exigence, de transparence et de réalisme que, par exemple, le scénario Négawatt ?

Le rapport de la Cour des Comptes marque une étape. Il montre aussi le chemin qui reste à parcourir pour que la transparence soit faite sur les coûts du nucléaire. Il est en tout état de cause un outil majeur pour aider à ce qu’enfin la France prenne le virage énergétique et industriel pris par nombre d’autres pays, et qu’elle n’a pas pris si l’on en juge sur le retard en matière d’énergies renouvelables par rapport à ses voisins. C’est pourtant là que se situent les principaux gisements d’emplois d’aujourd’hui et de demain.


Dr Bruno Bourgeon
Membre EELVR

Bruno Bourgeon



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