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Notre situation est grave, il y a urgence à réagir


Politique
Vendredi 18 Mars 2016

La Communauté Intercommunale du Nord de la Réunion, c’est un bassin de population très important, le plus grand d’outre-mer, avec plus de 200 000 habitants, soit 25% de la population de l’île. Elle représente 121 659 kilomètres de voirie, 63 lignes de bus qui transportent 21,6 millions de personnes par an. En termes d’habitat, c’est un objectif de 130 000 logements à assurer et la nécessité d’en produire 30 000 nouveaux d’ici 2030, car notre territoire attire.


Gérald Maillot - Président de la CINOR
Gérald Maillot - Président de la CINOR

Président de la CINOR depuis juillet 2014, j’ai pris la mesure de ces enjeux immenses, et je tire aujourd’hui la sonnette d’alarme. Notre situation est extrêmement préoccupante. Il y a urgence à le comprendre, à l’admettre, et à agir.

Notre territoire perd de son attractivité économique. Si nous restons le premier pôle d’emploi à la Réunion avec presque 80 000 emplois, nous avons un taux de création d’entreprises en nette diminution depuis 2010. Et celles qui sont installées chez nous, ont le taux de croissance le plus faible des quatre microrégions de l’île. Nous ne sommes plus assez attractifs pour les entreprises, qui préfèrent s’installer dans l’ouest ou le sud. Or nous avons près de 30 000 demandeurs d’emplois avec un taux de chômage de plus de 60% parmi nos jeunes contraints de partir, pour trouver un emploi hors de la Réunion.


Avec la baisse continue des dotations de l’Etat (-10 millions d’euros entre 2013 et 2017), notre situation financière, à l’image des autres collectivités, exige une gestion budgétaire extrêmement rigoureuse. Car nous ne souhaitons pas renoncer à notre développement. Nous souhaitons conserver un niveau de service de qualité à nos administrés, avec par exemple, l’amélioration continue du réseau de transport Nous poursuivons la mise en place du réseau d’assainissement : dix millions d’euros par an seront investis par exemple, pour les raccordements à la Station

d’épuration du Grand Prado. Nous réalisons enfin des équipements innovants, comme le centre de gestion multi-filière des déchets, essentiel pour l’avenir.

Nos efforts sur notre budget de fonctionnement seront maintenus et accentués, mais face à ces enjeux, cela ne suffira pas. Aujourd’hui notre épargne nette diminue, tout comme notre capacité d’investissement.


Mon constat est grave : notre territoire a besoin d’un véritable projet de développement s’il veut garder une place capitale, et notre collectivité a besoin d’une gouvernance stable pour le mettre en oeuvre de manière durable et efficiente.

Notre territoire, ses habitants, méritent un développement harmonieux. Ils méritent d’échapper à la congestion actuelle autour de Saint-Denis, ils méritent un cadre de vie de qualité. Nos atouts sont nombreux : la zone aéroportuaire, le port de Sainte-Marie, mais aussi un réel potentiel de développement en termes de culture, de tourisme. Plus d’un tiers du patrimoine historique de l’île se trouve dans le Nord ! Nous bénéficions également de surfaces agricoles parmi les plus importantes de la Réunion, pour lesquelles des vecteurs de diversification sont à explorer autour de l’agro-écologie par exemple. Enfin, rappelons que notre Technopole a porté plus de 50 projets d’incubation en 10 ans, dont la moitié ont généré des créations d’entreprises et plus de 2 000 emplois, dans les secteurs des TIC, de l’audiovisuel, de l’agroalimentaire, de l’énergie, ou encore de la santé et des biotechnologies. Et aujourd’hui, d’autres secteurs d’activité nécessitent mobilisation et innovation pour rendre effectifs les gisements d’emplois dans les domaines de l’Economie de la Mer, aéronautique, pêche et agriculture / agriculinaire, besoins sociaux et environnementaux.


Mais gérer ne suffit plus. Nous n’avons pas le droit de nous tromper d’échelle. Il s’agit aujourd’hui de concevoir un projet global pour l’ensemble du territoire. La vue des embouteillages grandissants de Saint-André à Saint-Denis, me

renforce chaque jour dans ma conviction que le développement de notre territoire passe par l’Est. Aujourd’hui, les échelles les plus pertinentes sont celles des communautés urbaines. Nous devons y réfléchir.

Cette vision territoriale est d’ailleurs impulsée par l’Etat avec la loi NOTRe, qui élargit le domaine de compétences obligatoires des intercommunalités, les renforce, tout en exigeant d’elles le développement d’une véritable vision stratégique à long terme. Cette question d’échelle est d’autant plus importante que l'octroi de financements (européens et autres) aux projets d'aménagement du territoire est de plus en plus conditionné à une exigence de cohérence, de performance, à la définition d'objectifs stables et inscrits dans le temps.

Changer l’exécutif tous les deux ans nuit à cette logique de planification. Cela nuit également à la bonne marche de l’administration. Cela constitue enfin, un handicap pour la recherche de financements, sujet pourtant vital pour nous.

Connaît-on une seule entreprise efficace qui change de dirigeant tous les deux ans ?


Face à cette situation, je souhaite prendre toutes mes responsabilités.

Nous devons aujourd’hui, réunir les conditions qui nous permettront de bâtir l’avenir. Nous devons rééquilibrer le logement social entre les 26 quartiers du territoire pour éviter des effets de ghettoïsation. Nous devons développer le réseau de transport, en facilitant le maillage du territoire, avec des moyens innovants, comme le téléphérique, les navettes maritimes. Nous devons construire une véritable vision économique de notre territoire et proposer à nos partenaires, aux entreprises, créatrices de richesses et de valeur, un projet ambitieux, structuré, pensé sur le long terme. Nous devons convaincre les financeurs (Europe, Etat, Région, entreprises privées) qu’ils peuvent s’engager à nos côtés.

Je parle ici d’un véritable projet de territoire, une feuille de route pour les 15 ou 20 ans à venir. Cette feuille de route, je ne la bâtis pas seul. L’ensemble des élus communautaires, dont les maires de Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, travaille avec nos partenaires, à son élaboration depuis plusieurs mois, au même titre que les services de la CINOR et des communes.

Je souhaite, pour l’avenir de notre territoire, que ce travail collectif se poursuive. Soyez assurés que mon engagement et ma détermination sont entiers pour y parvenir.
 

Gérald Maillot

Président de la CINOR


CINOR



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