sak ifé nout jordu ék nout demin

Mariage pour tous : "On m’a demandé de "voter librement et en conscience, mais de voter contre le texte"


Édito
Vendredi 5 Avril 2013

Jacqueline Farreyrol, sénatrice de La Réunion : "Le texte sur le mariage pour tous a été présenté en conseil des ministres le 10 octobre 2012 après avoir été annoncé de longue date. Il était libre à chacun, avant et encore plus depuis, de se prononcer, d’organiser des débats. Ainsi des mouvements se sont formés, des idées se sont exprimées. La mobilisation a certes été importante dans le camp du contre peut être plus encore que dans le camp du pour. Mais il semble vérifiable que le « contre » est toujours plus mobilisateur que le pour, et sur n’importe quel sujet".


Mariage pour tous : "On m’a demandé de "voter librement et en conscience, mais de voter contre le texte"
"Des manifestations ont donc été organisées. Le problème le plus souvent évoqué par les anti-mariages serait qu’aucun débat en la matière n’a été organisé. Pour être précis, je dirais qu’aucun débat n’a été l’occasion, pour eux, de faire triompher leur point de vue sur celui de l’adversaire, le "pro mariage".

Évidemment ! Il ne sert à rien d’avancer des arguments qui tendraient à justifier telle ou telle position : être convaincu que le mariage doit rester hétérosexuel n’a pas besoin de justification, et aucun argument ne pourra convaincre du contraire celui qui pense ainsi. Le problème demeure qu’inversement, rien ne fera non plus changer d’avis le « pro-mariage » pour qui des raisons séculaires d’hétérosexualité ou de caractère religieux du dit contrat ne semblent acceptables.

Bref, qu’on le veuille ou non, il y a eu, à l’assemblée nationale, 24 séances dans l’hémicycle, 110 heures de débat, une quinzaine de séances de commission spéciale, l’audition de dizaines de témoins de chaque camp, et des milliers d’amendements déposés et discutés. Pour étayer mon propos, y a-t-il eu des revirements de position ? Non. Personne n’a changé d’idée car il s’agit une fois encore de convictions qui tiennent de l’intime et qu’aucune argumentation ne peut faire varier, du moins j’en suis certaine.

Alors peut-être existait-il encore des indécis ? Ceux-ci ont pu se faire une opinion, si ce n’est à  l’assemblée, alors au Sénat. Là encore, l’arrivée du texte en discussion dans l’hémicycle ce soir n’est pas la première étape de la discussion. Il y a eu, comme à l’assemblée, des auditions et des discussions en commission sur plusieurs mois, et la commission des lois a validé et adopté le texte que nous examinerons par 23 voix contre 21. L’écart est faible et cela montre bien à quel point les avis sont partagés. Mais une majorité s’est dégagée et tout l’enjeu du débat dans l’hémicycle va être d’améliorer le texte si nécessaire et de le voter, ou, à défaut, de le rejeter.

Personne ne peut donc dire qu’il n’y a pas eu débat. Comme je l’appelais de mes vœux, ce débat parlementaire a apporté, parce qu’il s’est déroulé dans de bonnes conditions, les arguments nécessaires à une prise de décision qui s’appuie pour chacun sur la raison, et uniquement sur la raison. Il y a encore ce qui se veut être l’opinion de la rue. Mais si je reconnais le nombre, je ne reconnais pas plus au nombre la possession de la vérité, que je ne reconnais la raison à celui qui parle le plus fort. Cependant, même si j’ai de longue date un avis sur la question, j’ai entendu les arguments de chacun, pro et anti.

Je comprends que les changements que ce texte implique soient lourds de conséquence pour le droit français, plus lourds encore pour les mentalités.

Je le répète, je ne veux en aucun cas dire que faire preuve de conservatisme est mauvais ou rétrograde. Je comprends et j’approuve même que l’on souhaite conserver dans la mesure du possible les pierres angulaires d’une société qui fonctionne, d’une société que l’on idéalise. Je comprends que l’on soit encore plus attaché à ces marqueurs de notre société lorsque celle-ci traverse de nombreuses crises profondes et anxiogènes: économie fragile, chômage, crises internationales, violences, maltraitances, délinquances, tensions ethniques, tensions religieuses, phénomènes climatiques, radicalisations politiques,…

Mais, justement, la multiplication de ces indices n’est-elle pas le signe que les règles qui régissent la société, si bonnes furent-elles, ne fonctionnent plus correctement? Dès lors, ne doit-on pas se pencher sur ces règles pour, sinon les bouleverser, du moins les adapter ? C’est, de mon point de vue, le cas actuellement et le projet de loi visant à la reconnaissance du mariage pour tous est l’une de ces adaptations nécessaires.

Que l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe effraie certains, je le conçois. Mais, à ceux qui refusent de voir aboutir cette évolution par crainte d’une déstabilisation voire d’un délitement de la société, je souhaiterais rappeler que ces termes renvoient aux débats sur l’instauration du divorce dans la loi française, il y a plus de deux siècles et au vote du PACS en 1999. Que je sache, la société n’a connu ni cette déstabilisation annoncée, ni ce délitement.

Aujourd’hui, que l’on se rassure, la modification de la loi pour permettre aux personnes de même sexe de se marier ne va en aucun cas modifier, comme certains pourraient le laisser entendre la sexualité de la population. En revanche, tout comme le PACS l’a permis, elle va permettre une meilleure structuration de la population basée sur une égalité des droits en adéquation avec la réalité de la société.

J’observe, circonspecte, ceux qui aujourd’hui se découvrent une nouvelle passion pour l’union civile ou le pacs amélioré alors qu’ils ont eu pendant 10 ans la majorité dans les deux chambres et la possibilité de faire cette réforme, sans jamais pourtant se pencher sur la question. Ce sont pourtant des gens de mon bord politique et cette faute est la leur et par conséquent, la mienne. Ils savaient comme moi que la majorité actuelle s’emparerait du sujet et n’ont rien fait pour les devancer.

J’observe certains de mes collègues qui sont aujourd’hui les plus fervents défenseurs du PACS quand hier ils en étaient les plus vaillants adversaires. Je ne les critique en aucun cas. Cela prouve qu’ils ont vu, et compris que, finalement, cet « intolérable » statut créé en 1999, n’était finalement pas si destructeur, et aujourd’hui tout semble avoir donné raison à ses promoteurs d’alors qui voulaient donner un cadre protecteur à deux personnes qui vivent ensemble, qu’elles soient homosexuelles ou hétérosexuelles.

Je regrette simplement que notre pays laïc ait toujours autant de mal à aborder des thèmes de société, là où des pays éminemment catholiques, avec le catholicisme comme religion d’état, ont d’ores et déjà légiféré en la matière sans que le tollé soit de la même ampleur qu’en France. Mais il n’est pas question de prendre d’autres pays en modèle, ni d’apparaître comme suivant une mode. Non, le débat d’aujourd’hui concerne notre société, non pas comme certains l’idéalisent, mais comme elle est.  Et de fait:
- Les couples homosexuels existent déjà,
- Ils paient déjà ensemble des impôts,
- Ils participent déjà à la vie de la cité,
- Ils ont déjà une existence sociale,
- Certains élèvent ou ont déjà élevé des enfants.

Alors ceux qui ne souhaitent pas axer leur argumentaire sur le mariage, mettent l’accent sur l’adoption et le droit à l’enfant, arguant que les enfants seraient plus malheureux dans un couple homosexuel. Et je m’interroge : Hormis leur propre expérience de la filiation et de l’éducation d’un enfant, sur quelle expérience se basent-ils pour faire cette affirmation ? Ils mettent en modèle unique l’éducation donnée par un couple hétérosexuel (souvent le leur) et voudraient faire croire que de fait, les homosexuels sont incapables d’élever des enfants puisque le référent de l’autre sexe n’existe pas dans ce cas. D’où tirent-ils cette information ?

Ne croyez-vous pas que le nombre de familles monoparentales n’offre pas encore un autre modèle ? A-t-on vu 1,5 millions de personnes manifester contre les familles monoparentales parce qu’elles n’offrent pas un équilibre aux enfants par l’absence d’un parent de l’autre sexe? Soyons sérieux. A La Réunion on connait la triste importance des violences faîtes aux femmes. A-t-on vu pour autant une manifestation d’une telle ampleur regretter que des enfants grandissent dans des couples où la femme est battue et le père est violent, ou alcoolique ? Ce qui me semble donc bien être au final la véritable raison de cette opposition au mariage est donc bien, même s’ils s’en défendent, l’homosexualité. Au final, parmi les innombrables études réalisées en France ou à l’étranger, on sait qu’un grand nombre d’entre elles sont orientées idéologiquement mais les plus neutres montrent que la seule donnée véritablement déterminante pour l’équilibre des enfants est la stabilité de la cellule familiale.

Je tiens à le rappeler, car cette question est revenue dans un certain nombre des messages que j’ai pu recevoir, le fait d’être élevé par un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’implique pas d’en hériter la sexualité !  Par ailleurs, et parce que c’est là une des questions centrales du texte, le risque de discrimination à l’encontre des enfants élevés par des homosexuels ne pourra venir que de ceux qui refusent aujourd’hui de voir la possibilité aux homosexuels de se marier et d’adopter des enfants. S’ils ne veulent donc pas que de pauvres enfants soient victimes de discrimination, j’encourage chacun à voter en faveur du texte qui leur est aujourd’hui présenté et à adopter dès à présent un comportement conforme à ce vote.

Il ne s’agit pas, par ce texte, de transformer la société, il s’agit d’ouvrir les yeux et d’avoir conscience que cette société a déjà accepté que des situations différentes coexistent en harmonie, et à leur accorder les mêmes droits. A l’heure où tout le monde souhaite voir une société plus apaisée, moins égoïste, plus solidaire, plus tolérante, plus humaniste, il est temps, de mon point de vue, de permettre ce mariage pour tous.

L’institution du mariage n’y perdra rien : ainsi renouvelée, elle sera toujours la reconnaissance de l’engagement passé entre deux adultes consentants et égaux devant la République. Elle garantira aussi ce cadre juridique indispensable à des couples comme à leurs enfants.

J’ai été, comme certains de mes collègues, la destinataire de pressions de diverses natures. Je tiens à rassurer certains : On m’a demandé de "Votez librement et en conscience, mais de voter contre le texte" : Qui peut douter que je vote librement, alors même que je ne m’inscris pas dans la position majoritaire de mon parti ? Je suis Sénatrice, élue dans une République laïque. Je me refuse, malgré mes croyances personnelles, à me laisser guider par le dogme de l’église quand je réfléchis aux lois régissant le mariage civil. Le mariage religieux est autre chose et l’État n’a pas à se mêler de son organisation ni de ses exigences. C’est donc en toute conscience que je me prononce pour un texte qui vient protéger des couples et les enfants qui y sont ou y seront élevés.

Pensez-vous que ce serait normal de me conformer aux demandes de ceux qui menacent de ne plus voter pour moi si je me prononçais en faveur de ce texte ?  Pensez-vous que l’exercice serein d’un mandat électoral peut tolérer la pression et le chantage à l’élection ? C’est pour moi tout au contraire une question d’honneur que de voter un texte que je crois profondément juste sans me préoccuper des incidences électorales pour ma personne.  
Comme lors du vote de la proposition de loi de Patrick Bloche à l’Assemblée Nationale le 14 juin 2011, je voterai bien évidemment en faveur de ce projet de loi.

Jacqueline Farreyrol



      Partager Partager

Les commentaires

1.Posté par J.Claude Barret du MAR le 05/04/2013 08:28
o fait mme Fravurol kisa la déza vote pou ou. Mwin la zamé antandu aou fé in kanpaye lèktoral. Oula itilize lo kanal D. Robert. Mi krwa minm pa in zour de oute vie ou lavé pansé ète sénatriss, sé in konkour de sirkontanss la amène là.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 18 Juillet 2015 - 06:31 La Région et le très haut débit