Or, lorsqu’ils analysent la croissance réelle dans les pays industrialisés, la quantité de capital investie et de travail produit n’expliquent que 14% de cette croissance, ce qui laisse 86% d’inexpliqué. Robert Solow (*), prix Nobel pour sa théorie de la croissance économique, dit franchement que ces 86% manquants sont une « mesure de notre ignorance ".
Reiner Kümmel (*), physicien de l’université de Würzburg en Allemagne, a construit un modèle de croissance qui comprenait l’énergie au côté des intrants capital et travail ; il l’a testé avec des séries statistiques sur la croissance de 1945 à 2000 aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, et en Allemagne, et a prouvé que le facteur manquant qui rend compte du reste de la hausse de la productivité et de la croissance était bien l’énergie.
Robert Ayres (*), professeur d’environnement et de management à Fontainebleau, à l’INSEAD, a consacré une bonne partie de sa carrière à étudier les flux énergétiques et le changement technologique. Il a construit un modèle d’intrants à trois facteurs et l’a testé sur la courbe de croissance de l’économie américaine pendant la seconde moitié du XXème siècle, puis sur l’économie de la Grande-Bretagne, du Japon, et de l’Australie.
Il a constaté qu’en ajoutant l’énergie au modèle des intrants on expliquait « près de 100% de la croissance économique du XXème siècle pour chacun de ces quatre pays ». Ce modèle montre clairement que « l’efficacité thermodynamique croissante avec laquelle l’énergie et les matières premières sont converties en travail utile » rend compte de l’essentiel de l’augmentation des gains de productivité et de croissance dans les sociétés industrielles (*).
Voilà pourquoi l’énergie joue un rôle crucial dans les marges de profit et les gains de productivité. Voilà pourquoi on ne peut découpler PIB et énergie. Voilà pourquoi, en ces fins d’énergies fossiles bon marché, il devient impossible de soutenir un modèle de croissance et de retour de l’emploi. Et si cela échappe à la plupart des économistes, c’est qu’ils ne comprennent pas que toute activité économique est un emprunt aux réserves énergétiques et matérielles de la nature, et cet emprunt est infiniment plus rapide que ce que la biosphère peut recycler ou réapprovisionner. L’accumulation de cette dette entropique finira par provoquer l’effondrement de quelque régime économique que ce soit : les lois entropiques, comme le disait Einstein, sont incontournables.
(Tiré de "La Troisième Révolution Industrielle" de Jeremy Rifkin, édition Les Liens qui libèrent, page 290-291).
(*): R.U. Ayres et E. Ayres, « Crossing the Energy Divide : Moving from Fossile Fuel Dependence to a Clean-Energy Future”, Upper Saddle River, NJ, Wharton School Pub, 2010, p 11-14 et 205-206
Reiner Kümmel (*), physicien de l’université de Würzburg en Allemagne, a construit un modèle de croissance qui comprenait l’énergie au côté des intrants capital et travail ; il l’a testé avec des séries statistiques sur la croissance de 1945 à 2000 aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, et en Allemagne, et a prouvé que le facteur manquant qui rend compte du reste de la hausse de la productivité et de la croissance était bien l’énergie.
Robert Ayres (*), professeur d’environnement et de management à Fontainebleau, à l’INSEAD, a consacré une bonne partie de sa carrière à étudier les flux énergétiques et le changement technologique. Il a construit un modèle d’intrants à trois facteurs et l’a testé sur la courbe de croissance de l’économie américaine pendant la seconde moitié du XXème siècle, puis sur l’économie de la Grande-Bretagne, du Japon, et de l’Australie.
Il a constaté qu’en ajoutant l’énergie au modèle des intrants on expliquait « près de 100% de la croissance économique du XXème siècle pour chacun de ces quatre pays ». Ce modèle montre clairement que « l’efficacité thermodynamique croissante avec laquelle l’énergie et les matières premières sont converties en travail utile » rend compte de l’essentiel de l’augmentation des gains de productivité et de croissance dans les sociétés industrielles (*).
Voilà pourquoi l’énergie joue un rôle crucial dans les marges de profit et les gains de productivité. Voilà pourquoi on ne peut découpler PIB et énergie. Voilà pourquoi, en ces fins d’énergies fossiles bon marché, il devient impossible de soutenir un modèle de croissance et de retour de l’emploi. Et si cela échappe à la plupart des économistes, c’est qu’ils ne comprennent pas que toute activité économique est un emprunt aux réserves énergétiques et matérielles de la nature, et cet emprunt est infiniment plus rapide que ce que la biosphère peut recycler ou réapprovisionner. L’accumulation de cette dette entropique finira par provoquer l’effondrement de quelque régime économique que ce soit : les lois entropiques, comme le disait Einstein, sont incontournables.
(Tiré de "La Troisième Révolution Industrielle" de Jeremy Rifkin, édition Les Liens qui libèrent, page 290-291).
(*): R.U. Ayres et E. Ayres, « Crossing the Energy Divide : Moving from Fossile Fuel Dependence to a Clean-Energy Future”, Upper Saddle River, NJ, Wharton School Pub, 2010, p 11-14 et 205-206











