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Elisabeth Ponama : "Cet hommage à Jean-Baptiste Ponama, est le premier acte de réparation d'injustices envers mon père"


Politique
Lundi 9 Avril 2012

"Lorsque Monsieur Maxime Assaby, nous a proposé qu’une rue de la ville de Saint-Denis soit dédiée à Jean-Baptiste Ponama, nous avons marqué immédiatement notre accord".


Elisabeth Ponama : "Cet hommage à Jean-Baptiste Ponama, est le premier acte de réparation d'injustices envers mon père"
"Tout au long du projet, il nous a accompagnées avec une grande disponibilité. Je souhaite donc, saluer particulièrement, son rôle essentiel dans la réussite de cette cérémonie.

Nous réitérons nos remerciements les plus vifs à Monsieur le Maire, ainsi qu’au conseil municipal, qui, je le rappelle, a pris cette décision  à l’unanimité !

I-Cette dénomination représente pour nous, le premier acte de réparation d’Injustices, envers Jean-Baptiste Ponama :

- Injustice coloniale et raciste, de par ses ascendances indiennes,

- Injustice administrative de par ses opinions, et son engagement  exclusif  au Parti Communiste Réunionnais,  

- Injustice de son parti politique, pour l’avoir exclu, sur un fond de divergence éthique et idéologique.

Au fond, tout cela se tient en une seule logique :

- celle d’une machine coloniale, implacable et répressive ;

- celle d’une époque, qui ne pardonne pas à ceux qui s’engagent contre les injustices, et les arbitraires de toutes sortes.

II-Cette dénomination est aussi symbolique, et à plusieurs titres :

Comme l’a rappelé Monsieur le maire, même si JB Ponama est natif de Saint-André, il devient une figure très connue de Saint-Denis, dès les années  50/60 : en tant qu’enseignant bien sûr, responsable syndical et co-fondateur de la Fédération des Œuvres laïques, dirigeant politique, ou encore comme libraire.

Mais, Saint-Denis est aussi le théâtre de bien de coups du destin pour JB Ponama :
- Quand il est expulsé vers la France par l’ordonnance Debré en 1961, c’est du Collège de Sainte-Clotilde, dont il est le principal ;
 - Quand il adhère au PCR en 1962, c’est de la section de Saint-Denis qu’il devient le responsable très actif, craint pour sa rigueur, mais très populaire, avant d’en être écarté violemment 15 ans plus tard ;
- Quand il a fallu trouver un autre métier pour survivre, c’est au centre-ville de Saint-Denis que son épouse et lui ouvrent une librairie en 1963 ;
- Quand il combat sur tous les fronts, c’est notamment à Saint-Denis, où il est candidat à de nombreuses élections, où il siège à la CAF et au CG, où il fonde le Syndicat de Défense des Locataires ;
- Quand il retrouve la fonction publique, après 15 ans d’errance administrative, c’est toujours à Saint-Denis qu’il reprend ses classes en 1977;
- Et puis, quand il se présente à son dernier scrutin, aux législatives  de 1993, c’est encore à Saint-Denis qu’il le fait ; de même, il choisit Saint-Denis, comme siège de la permanence de son mouvement politique, le MIR, le Mouvement pour l’Indépendance de La Réunion.

III- Enfin, cette dénomination honore un humaniste, un homme de principe et d’engagement;
Car, pour faire un bilan de la vie de Jean-Baptiste Ponama, trois mots me viennent à l’esprit : Intégrité, rupture, et avant-gardisme.

- Intégrité d’abord,  à travers une ligne politique droite, celle de la Décolonisation, de l’Indépendance et de la Responsabilisation ;

- Rupture ensuite,  à travers des choix irréversibles, pour préserver son besoin de justice, sa liberté de conscience, et son idéal marxiste :
. rupture, avec l’Etat français, quand il refuse l’ordonnance Debré pour servir dans son pays ;
. rupture, avec l’Eglise,  qui le rejette car il est communiste, athée et malbar ;
. rupture, avec le PCR,  quand il faut défendre l’essence même de la ligne politique du Parti.

- Avant-gardisme enfin, car Jean-Baptiste Ponama est aussi un pionnier dans bien des domaines :
. Au plan sportif, de l’éducation et de la culture,  dès les années 40/50, il est à l’origine de la première équipe féminine de l’île, de handball ; avec Ary Payet, Henri Fruteau, Raymond Mondon et Vivien Sida, il lance l’USEP, les premières bibliothèques populaires ; il pratique naturellement le « bilinguisme » dans ses classes ; en tant que libraire, il diffuse « Zistoir Kristian » un des premiers ouvrages bilingues français-créole en 1977.
. Avant-gardiste, il l’est au plan identitaire et de l’épanouissement personnel :
- Jean-Baptiste Ponama se sent Réunionnais, croit en son peuple, et en une matrice réunionnaise. Il réfute tout concept de communauté, qui va selon lui, à l’encontre de l’unité réunionnaise. En ce sens, il réclame le respect de l’espace républicain, au nom de la laïcité. Son indianité ? Il la vivra tout au long de son existence, dans l’intimité de son savoir être au quotidien. Ce n’est qu’à la fin de sa vie, qu’il prendra le temps d’étudier la langue et la civilisation tamoules ;
- Son « retour aux sources », pour reprendre une expression à la mode, il le fera de manière originale et officielle en 1974, lors d’un congrès international pour la paix à Delhi. Il y rencontre  le Premier ministre Indira Gandhi, ainsi que le Président de la République indienne ;
- Ancré dans l’universalité, Jean-Baptiste Ponama demande que son oraison funèbre soit chrétienne, coranique, hindouiste et laïque.

Il est surtout avant-gardiste, au plan de sa vision de La Réunion,
Dès 1957, il publie une série d’articles intitulés « L’Indépendance de la Réunion, Mythe ou Réalité », où il expose les fondements de sa théorie politique.
Il y anticipe les effets nuisibles de la départementalisation, et prône la voie de l’Indépendance. C’est un vrai séisme politique dans le contexte historique. Il est évidemment très critiqué de part et d’autres, et on le soupçonne même d’être à la solde de la République de Nehru !
Il  poursuit  néanmoins sa réflexion dans la revue de la Ligue française de l’Enseignement en mai 1962. Il démontre notre capacité à émerger en tant que nation, à travers un article édifiant et visionnaire.

Je cite quelques grands sujets qu’il aborde, il y a 50 ans déjà :
- L’océan comme source de richesses, la nécessité de domestiquer la ressource en eau, l’utilisation de la bagasse, de l’énergie solaire, la protection de nos espaces marins, la fertilité du sol volcanique, la réunionisation des cadres, notre diversité humaine et culturelle.

- Il met en garde contre le sous-effectif et la sous qualification des enseignants, l’échec scolaire et l’exode de nos matières grises.

Son discours reste d’une lucidité, et d’une modernité des plus frappantes.

 Et puis, JBP est avant-gardiste au plan politique,

Dès 1977, alors qu’il est encore le numéro 2 du PCR, il demande que le mot d’ordre « autonomie » évolue vers l’Indépendance ;

Il analyse alors son éviction du PCR en 1978 non pas comme un échec personnel, mais bien comme la fin d’une époque ;

Au même moment, il préconise le remplacement du PCR, par une  structure différente, et en parle de nouveau en 1989, au moment de la chute du mur de Berlin ;

Enfin, son avant-gardisme se manifeste dans la défense d’un Rêve, celui d’une troisième voie entre les courants politiques traditionnels, le Rêve de l’Indépendance pour La Réunion, à travers une révolution pacifiste.

 Quelques semaines avant sa disparition, il déclarait malicieusement à la télévision :

 «Vous verrez que l’Indépendance  sera demandée par ceux-là mêmes, qui la dénigrent aujourd’hui» ; nous étions en mars 1993.

Je voudrais conclure,

En disant que Jean-Baptiste Ponama, a incarné des principes d’universalité, de laïcité et de philanthropie.

On reste fasciné par son esprit d’excellence, son sens brillant de la théorie politique, comme on est saisi, par les passions qui traversent sa vie :

Histoire d’amour, d’amitié, de trahison, d’intégrité politique, d’engagement absolu, et d’indignation ; histoire marquée par des blessures profondes, et des pertes cruelles. Autant de sublimations de soi, pour servir  un destin tragique.

L’histoire de Jean-Baptiste Ponama, est l’histoire d’un « héros ordinaire », une histoire d’abnégation, de sacrifice, de ténacité pour les anonymes et les sans voix.

Homme de culture, mélomane, épris de littérature, de poésie, d’ébénisterie,  cuisinier raffiné à la table toujours ouverte,  pédagogue et libraire passionnés, éducateur scientifique redoutable, rempli d’humour et un brin provocateur,  Jean-Baptiste Ponama, aura touché de plus d’une façon, toutes celles et tous ceux qui l’ont connu.

Nous, qui sommes réunis ce jour, nous portons  son héritage.

Nous,  ses filles, nous sommes honorées d’avoir partagé l’aventure de la vie de Jean-Baptiste, et celle de nos parents.

Nous avons pu parfois en être effrayées, être dépassées, voire désemparées, mais nous gardons un souvenir lumineux, de nos moments de vie passés avec eux.

Enfin, notre gratitude va à Monsieur Gilbert Annette, qui nous permet aujourd’hui de vivre en toute sérénité, cet instant de joie. Par ce premier acte de réhabilitation, il permet à notre père de rejoindre les  figures charismatiques de La Réunion.

Alors, comme Jean-Baptiste Ponama,

Gardons la certitude, que seule compte une vie en accord avec ses idéaux !"

Elisabeth Ponama



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Les commentaires

1.Posté par Huet le 10/04/2012 05:29 (depuis mobile)
Je suis fier d''être reunionnais quand je lis ce un bel écrit de memoire, de transmission ! Quel talent ! Que cette énergie nous donne la force tranquille d''agir avec sagesse, beauté! Kossa zot i pense de remplacer Ericka par Elisabeth pou députation

2.Posté par J. Claude Barret du MAR le 10/04/2012 18:51
Nous artrouve dosi la foto lé trwa dalon la fonde lo MIR, Serge Sinamalé, Souprayenmestry, et noute kamarade Baptiste Ponama. Ke sa mémware i rète vivan pou sake réniyoné la konbate dan so temps là. Té pa fasile, na dalon la sakrifiyé azot pour rouve somin la liberté, la démokrasi. La domann sakrifiss, navé dalon lavé asepté san rode in plass miniss, ou ète le porte parole du coloniasme à la Réunion. Ke Baptiste i rète in lekzanpe pou bann zeunn zoridi, i rode zot somin. La méoire de J. Baptiste Ponama, de Serge Sinamalé, i dwa serve anou, azot de guide pou domin...

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