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"Les déclarations d'intentions" ça suffit, "il faut des actions concrètes"


Politique
Jeudi 7 Juillet 2016

Le Président du LPA et de ses membres, élus et responsables engagés, sur un credo que nous portons dans notre ADN et qui est la défense d'une vraie stratégie de développement économique pour l'île et ses acteurs. Les déclarations d'intentions ne font pas fonctionner l'économie. Pour faire avancer La Réunion, il faut des actions concrètes, à commencer par celles pour lesquelles on porte la responsabilité.


Tribune libre de Thierry Robert

Pour une préférence régionale économique au service de nos entreprises locales

Il y a certains qui déclarent tout haut être favorable à la préférence régionale, la préférence réunionnaise même, qui déclarent que ça va mieux à La Réunion et que c'est évidemment, grâce à eux.

Sans tomber dans un pessimisme destructeur, ce discours d'auto-complaisance, d'auto-satisfaction, d'auto-congratulation ne peut suffire et pour cause, je vais vous donner un exemple, celui du bâtiment : le chiffre d'affaires a chuté de 8,9%, selon les acteurs, « c'est la descente aux enfers ! », 141 entreprises ont fermé l'année dernière, 1 100 emplois ont été perdus.

Le soutien de la filière bâtiment pourrait permettre : de relancer un pan de l'économie vital pour La Réunion et pour l'emploi des Réunionnais, répondre aux 20 000 familles en attente d'un logement social, effectuer les réhabilitations lourdes nécessaires sur 10 000 logements sociaux, rendre décents les 16 000 logements privés jugés insalubres, améliorer le confort thermique dans le cadre du développement durable, apporter une réponse à un problème sociétal que générera le vieillissement de la population en permettant un maintien à domicile le plus longtemps possible, des personnes âgées et en retardant le moment de la dépendance et donner aux jeunes les moyens de s'épanouir en accédant à plus d'indépendance.

Les interventions de la Région qui ont apporté des résultats ont été interrompues à l'instar du dispositif d'aide à l'aménagement pour la construction de logements. Cette mesure permettait de financer des études, l'aménagement d'espaces publics structurants, la viabilisation du foncier et des réseaux primaires : des dépenses que les communes n'ont pas forcément les moyens financiers nécessaires. De plus, cette mesure pouvait contribuer à la densification urbaine inscrite au SAR de la Région. Tout le monde était gagnant !

Mais en 2015, la Région a décidé de suspendre son intervention dans ce domaine. Les prévisions de livraisons repartent donc à la baisse et à ce rythme, le pire est à craindre pour les années à venir.

Dans le même temps, seules 331 réhabilitations qui ont porté sur l'énergie ont été financées par la Région en 2015 ! La réhabilitation de logement est pourtant un domaine où les petites entreprises locales peuvent répondre aux besoins.

Enfin, que penser du malheureux million d'euros inscrit au budget de la Région en 2016 pour le logement !

J'entends bien le Président de Région prôner la préférence régionale, je lis ces beaux courriers adressés ici et là pour promouvoir l'embauche d'un Réunionnais à tel ou tel poste, c'est honorable mais sa responsabilité en la matière dépasse la simple rédaction de courrier.

La Région pilote le développement économique et avant de parler d'embauches, la préférence réunionnaise doit être globale et notamment économique. J'ai eu l'occasion de l'évoquer à plusieurs reprises, notamment lors de la dernière campagne des régionales, le programme du LPA indiquait clairement : nous devons faire preuve de patriotisme économique local.

Dernièrement, La Région a lancé le marché d'appel d'offres pour la réalisation du nouveau pont de la Rivière des Galets. Un seul lot et un chiffre d'affaires minimal de 100 millions d'euros sur les trois derniers exercices pour pouvoir répondre à ce marché ! Voilà comment exclure bien en amont les entreprises locales dont 95% sont des TPE-PME et in fine comment exclure les Réunionnais de l'emploi. Le Président de la Région n'a pas jugé urgent d'aborder cette question lors de la dernière Assemblée plénière où nous avions déposé une motion sur ce sujet.

Depuis 2013, la Région est signataire de la convention SBA, cette convention prévoit :

« L’obligation de ne pas imposer d’exigences disproportionnées en matière de qualifications et de capacités financières » et, « l’encouragement de l’allotissement, des possibilités de sous-traitance ».

Il n'est pas normal de voir encore des marchés comme celui du pont de la Rivière des Galets !

Bientôt trois ans après la signature de la convention SBA, quelles sont les résultats concrets ?

En théorie, cette démarche SBA comprend chaque année la mise en place de comités d'experts pour permettre d'identifier les formulations de marchés qui permettent au tissu économique réunionnais de se développer au mieux ainsi qu'un bilan annuel et des mesures correctrices. Mais en réalité rien de tout ça ! 

Au-delà du SBA, même le droit européen et la législation française qui portent sur les marchés publics a été réformé cette année .

L'objectif clairement affiché est d'améliorer l'accès des PME à la commande publique, pour une commande publique au service de l'économie. L'esprit de cette loi est bien de considérer qu'il n'y a plus de « marché public trop gros pour les petites entreprises ; l’allotissement, c'est-à-dire le découpage des marchés publics en lots accessibles aux PME, devient la règle pour tous les acheteurs… », que « … les exigences de capacité doivent être proportionnées à l’objet du marché public… ».

Pourquoi la Région s'obstine à faire encore des marchés qui ne vont pas dans ce sens ?

La balle est dans le camp de la Région: adopter un projet politique au service de La Réunion!

A elle d'adapter ses choix en fonction de la capacité de nos entreprises à pouvoir y répondre.

Un autre exemple, celui de la gestion des déchets : quand la Région valide la possibilité d'installer deux incinérateurs, c'est un choix politique qui risque d'empêcher la création d'emplois voir  de supprimer des emplois existants. La raison est simple : il faut faire fonctionner les incinérateurs, donc y mettre des déchets qui risquent de n'être plus trier ni recycler alors que ces solutions sont créatrices d'emplois. Ces décisions politiques reviennent à creuser notre propre tombe !

J'interpelle le Président de la Région, qu'il prenne en compte la situation désastreuse dans laquelle se trouve la filière bâtiment, que des mesures urgentes soient prises sur le sujet, en concertation avec tous les acteurs.
J'appelle également à un renforcement de la prise en compte du retour sur investissement pour l'économie locale, pour les TPE-PME, en faveur de l'emploi des Réunionnais, notamment en ce qui concerne la commande publique.

Dans les mois qui viennent nul doute que ce sujet sera encore d'actualité. L'évaluation des politiques publiques s'impose de plus en plus, tout comme les notions d'anticipation, d'adaptation et d'ancrage territorial.

La Région devra aussi avant la fin de l'année adopter son Schéma Régional de Développement Economique, d'Innovation et d'Internationalisation (SRDEII) qui définira la stratégie de développement de La Réunion pour les prochaines années. Je déplore d'ailleurs que la Région n'ait pas cru bon d'associer les élus de l'opposition aux différentes rencontres organisées dans le cadre de l'élaboration de ce schéma.


Thierry ROBERT



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