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JP Marchau/Y. Duchemann (EELVR) : "Pouvait-on faire payer les pétroliers ?"


Invité(e)
Lundi 27 Février 2012

Hier matin, au Chaudron, Yvette Duchemann et Jean-Pierre Marchau ont tenu une conférence de presse sur « Carburants, vie chère et émeutes urbaines à La Réunion».


JP Marchau/Y. Duchemann (EELVR) : "Pouvait-on faire payer les pétroliers ?"
Un constat s’impose, notre île est en état d’addiction généralisée, phénomène qui affecte les  professionnels de la route et les usagers mais aussi les finances locales qui y trouvent une part importante de leurs ressources. La fiscalité sur les carburants, toutes taxes confondues, rapporte aux collectivités plus de 230 millions d’euros. Le pétrole coule dans les veines de la société réunionnaise.

La hausse historiquement inéluctable des prix des carburants provoque désormais des crises régulières avec un scénario identique : revendication corporatiste et consumériste, blocage des routes, propos incendiaires et au final des violences urbaines qui rappellent brutalement la structure inégalitaire de la société réunionnaise.

Une revendication uniquement axée sur le prix des carburants illustre la gravité de l’addiction mais occulte aussi les problèmes fondamentaux. Car derrière le prix des carburants,  il y a les prix élevés de tous les produits de consommation et derrière eux, il y a la vie chère qui pèse sur les travailleurs pauvres et les Réunionnais assujettis aux minimas sociaux et enfin, problème dans le problème, il y a les jeunes déshérités qui sont sortis du système éducatifs, n’ont aucun revenu et surtout aucune perspective d’avenir.

Peut-on revendiquer une baisse des prix en occultant la question des inégalités de revenus avec la question lancinante de la sur rémunération qui tire les prix vers le haut ?

Les écologistes dénoncent l’absurdité d’un système où les usagers, payant le choix du tout automobile opéré il y a cinquante ans,  sont pris en otages du fait de l’absence d’alternative à la route et donc se « révoltent » devant une hausse de quelques centimes du prix des carburants  alors qu’on s’apprête à payer plus de 2 milliards d’euros pour un tronçon de route de 12 km qui ne sera pas achevé avant une dizaine d’année.

Notre message est simple : Sortons résolument du tout routier ! La Réunion est aujourd’hui dans une impasse dont il faut sortir le plus rapidement possible sauf à voir se répéter ce type d’événements.

Les mesures annoncées
Concernant la problématique des carburants et les résultats obtenus, les écologistes remarquent que les « négociateurs » de la table ronde ont capitulé en laissant peser l’essentiel des baisses consenties (bouteille de gaz, les 8 cts sur les carburants) sur les collectivités qui vont supporter 90 % du financement de ces mesures. Ce qui signifie que les collectivités vont devoir augmenter les taxes à la consommation sur certains produits pour récupérer le manque à gagner (- 32 millions d’euros).

A ce coût il va falloir rajouter le coûts des réparations des dégâts commis dans les quartiers suite aux déclarations incendiaires et irresponsables  tenus devant la SRPP par plusieurs acteurs.  

Quant à la baisse de prix annoncée sur 40 produits de première nécessité malgré l’absence de la grande distribution, quels produits seront concernés ? Qui va financer la baisse ? Qui va négocier ? Quelles organisations ? Seront-elles représentatives ?

Concernant le projet évoqué par le Préfet de construire une nouvelle unité de stockage pour échapper au  monopole de la SRPP, le rapport Ollier doute du bien fondé d’une telle initiative « Nous ne parviendrons pas à obtenir de concurrence en matière de stockage en raison de la lourdeur du coût des investissements. »


Pouvait-on faire payer les pétroliers ?
Les « négociateurs »  pouvaient exiger que le Préfet intervienne sur certains éléments du prix des carburants, droits de stockage, marge de gros et marge de détail afin d’alléger la facture carburant qui pèse notamment sur les ménages à faibles revenus. Il n’en a  rien été,  le système de monopole et de prix administrés sort intact de la crise.

Les différents rapports sur la problématique des carburants nous apprennent pourtant que :

- La marge totale, gros + détail, est à La Réunion le double de la marge de métropole : 20,92 cts contre 10,5 cts.

- Marge de gros. La Réunion se singularise  par une marge de gros qui a quasiment doublé depuis 2001.  L’objectif de rentabilité des capitaux fixé par les actionnaires est de 15% environ. Or, il est de 39% en moyenne pour deux distributeurs à la Réunion !

- Marge de détail. Augmentation entre 2001 et 2009 : + 60 % à La Réunion.
Jean-Pierre Marchau rappelle que la marge de détail est très élevée du fait du modèle économique choisi qui repose sur l’emploi de 10 salariés en moyenne et que toute approche purement consumériste pourrait légitimer le passage à l’automatisation des stations avec le risque d’envoyer au chômage 1200 salariés pour un gain de 6 cts/litre. Ce n’est pas au détriment de l’emploi que doit se faire la baisse des prix qui de toute façon serait relative et remise en cause par l’évolution inéluctablement à la hausse des cours mondiaux du pétrole.

- Sur le stockage
« La SRPP est une entreprise exceptionnellement rentable », 28 % de rentabilité financière entre 1999 et 2008. Cela montre qu’une baisse des droits de passage est possible sans compromettre la pérennité de l’activité de l’entreprise.

Malgré ces éléments qui auraient permis d’alléger la facture, ce sont les collectivités qui vont financer l’essentiel d’une baisse qui de toute façon est limitée dans le temps (31/12/2012).

Enfin, Yvette Duchemann est longuement revenu sur le Chaudron, quartier abandonné par les élus qui ne se souviennent de son existence que lors des élections. 21 ans après les graves événements de 1991, les mêmes problèmes demeurent, chômage, logements, éducation, faiblesse des minima sociaux, absence de reconnaissance, etc.

Les émeutes urbaines ne doivent pas conduire à stigmatiser des jeunes qui retournent contre les autres la violence qu’ils subissent quotidiennement du fait de leur exclusion.

La Secrétaire adjointe d’EELVR a évoqué aussi la question du « respect » qu’attendent les jeunes du Chaudron et rappelé le programme du parti écolo notamment la nécessité de développer avec des moyens financiers à la hauteur des enjeux, une véritable économie sociale et solidaire, non seulement créatrice d’emploi mais aussi susceptible de redonner le sens de l’utilité sociale à chacun alors que le système actuel, au contraire, nie cette utilité sociale des jeunes des quartiers.

JP Marchau/Y. Duchemann (EELVR)



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