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Réduction des dotations de l'Etat : Eric Fruteau écrit aux parlementaires


Politique
Mercredi 16 Octobre 2013

Mesdames, Messieurs les parlementaires de la Réunion, l'annonce par le gouvernement de la réduction des dotations de l'Etat aux collectivités locales doit interpeller l'ensemble des élus qui auront demain, la charge de gérer les municipalités et les intercommunalités : 1,5 milliards d’euros en 2014 puis 3 milliards d’euros en 2015.


Cette réduction ne doit pas être perçue comme un simple ajustement technique budgétaire mais analysée dans toutes ses dimensions économique et sociale.
A la Réunion, le choc sera brutal pour nos collectivités déjà financièrement à bout de souffle. La mesure de réduction aura, par ricochet, un impact dévastateur sur  notre économie très fragile.
Il faut, pour apprécier la portée réelle d’une  telle décision, avoir bien à l’esprit la gravité de la situation réunionnaise. A ce titre je rappellerai  trois indicateurs marquants :

- des minimas sociaux record
 La Réunion reste à la première place en terme de minimas sociaux. Tous départements confondus, 150 000 foyers, soit 240 000 personnes, bénéficient de prestations, le RSA restant l’allocation la plus diffusée dans l’île avec 86 300 foyers bénéficiaires (15% des 15-65 ans).

-  une pauvreté hors-norme
Hors-norme. Tel est le qualificatif utilisé par l’Insee pour décrire la situation sociale de La Réunion. L’institut national met en évidence la position véritablement critique de notre île : 343 000 personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté, soit 42% de la population.

 Comme le souligne Le COMPAS (Centre d’Observation et de Mesure des politiques sociales), le seuil des 20% les plus pauvres est de 242 euros mensuels (hors prestations sociales) à la Réunion alors qu’il est  de 712 euros pour la haute Corse (soit 3 fois plus)  département où les bas revenus sont les plus faibles. De même, les dix villes où le revenu médian (inférieur à 800 euros par mois) est le plus bas, sont toutes localisées à la Réunion.

Le COMPAS fait ainsi remarquer que « de tels chiffres appliqués à des départements de métropole auraient suscité une mobilisation plus importante des moyens publics » !
De plus, la paupérisation renforce la précarité  des travailleurs pauvres et des classes moyennes qui ont du mal à vivre les effets récessifs d’un choc fiscal sans précédent.

 - un chômage de masse
Le taux de chômage est près de 30%, avec un taux dépassant chez les jeunes les 50%.
Ces données illustrent parfaitement l’ampleur du mal réunionnais et de la détresse de notre peuple.

Dans ces conditions, toute diminution de recettes de l’Etat aux collectivités réunionnaises est un facteur aggravant pour notre tissu socio-économique (pour tout euro en moins c’est deux euros non investis : l’euro que l’on a perdu et l’euro que l’on ne peut emprunter).

En effet, il ne faut pas oublier qu’à travers la commande publique nos collectivités jouent un  rôle moteur dans l’investissement et participent activement au maintien voire au développement de l’emploi.

De même, il faut se souvenir  qu'historiquement les collectivités locales ont assuré pleinement la fonction « d'amortisseur social » dans le fonctionnement de la société réunionnaise.

A l’approche de ce cyclone financier et social, je considère qu’il est urgent de déclencher  l’alerte rouge et d’activer  un plan de sauvegarde pour La Réunion.

Au regard de notre situation alarmante et spécifique, je demande solennellement aux parlementaires de La Réunion d'intervenir auprès du gouvernement pour que la situation réunionnaise soit comprise à sa juste valeur  et que notre île soit préservée de ces nouvelles coupes budgétaires.

Dans le cas contraire, ces mesures d’austérité budgétaire auront  pour conséquences d’amplifier  les inégalités entre la métropole et La Réunion, d'accentuer notre retard de développement. Elles auront finalement pour résultat d’obérer notre avenir et  d’éloigner  un peu plus  les réunionnais de la promesse républicaine française de l’égalité et de la  justice sociale.
Mesdames, Messieurs les parlementaires de la Réunion nous comptons sur vous.
Bien sincèrement.




Maire de St-André et président de la CIREST


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