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Paul Vergès, Didier Robert, Thierry Robert : quel visage pour l'autonomie de La Réunion ?


Politique
Mercredi 13 Mars 2013

L'acte III de la décentralisation, dans sa dernière mouture de l'avant-projet de loi transmis au Conseil d'Etat, répond que faiblement voire très faiblement, aux attentes de Didier Robert, Thierry Robert et surtout Paul Vergès. Il n'y a aucune évolution institutionnelle. Pire, le mille-feuille administratif se complique un peu plus. L'Etat confond régionalisation, décentralisation et déconcentration. Que vont faire les élus réunionnais ?


Paul Vergès a l'avantage de l'expérience, de la clarté et de la précision dans sa demande de la création d'une Assemblée unique à La Réunion. Sur le fond, il a raison. Sur la forme, son projet stigmatise les fonctionnaires, divise des secteurs professionnels et risque de paupériser le "petit" personnel des deux grands services à la personne et à l'environnement, si la formation professionnelle s'avère peu efficace, comme c'est souvent le cas, et s'il n'y pas un "fonctionnariat régional".

Didier Robert se veut plus pragmatique. "Il faut déjà appliquer les textes qui existent. Totalement. Cela nous permettrait d'avoir des leviers suffisants et nécessaires pour répondre avec efficacité à notre réalité politique, économique, sociale et environnementale". Didier Robert dit vrai. La Réunion n'a pas les outils pour agir et réagir. Souvent pour bouger une pierre dans le Parc national ou dans la Réserve marine, la règlementation impose presqu'une "prière soit adressé à l'Europe". C'est caricatural. Ça reste une réalité.

Thierry Robert s'embarrasse peu du cadre administratif ou juridique. "Nous défendons les spécificités de La Réunion". Dimanche dernier à Saint-Leu, le député-maire a choisi de parler le langage (sans doute populiste) de ceux qui sont "victimes" du Parc national et de la Réserve marine. Tous ceux qui ont pris la parole, ont dénoncé le "diktat" du Parc et de la Réserve. Une règlementation trop contraignante, des technocrates à Paris ou à Bruxelles, trop loin des réalités réunionnaises…

Trois hommes. Trois visions différentes et ce pour un objectif assez ressemblant, et ce même si Didier Robert demande une évolution administratif et juridique adaptée (en fonction des exigences ponctuelles). Lequel a la bonne proposition ? L'amalgame des trois est quasi impossible dans la forme et le fond. Et les trois politiques pèchent par l'absence d'un solide projet de développement non pas de La Réunion, mais de la région océan Indien.

Si Paul Vergès commet l'erreur de vouloir financer son projet avec l'argent de la surrémunénération (aucune pérennisation possible que ce soit en dotation ou en subvention), Didier Robert manque d'ambitions dans les perspectives de son projet. Sa vision est à trop court terme. Et, il prend le risque de créer des situations administratives, juridiques et règlementaires, conflictuelles à de différents niveaux de prise de décisions.

Thierry Robert s'expose un peu plus à "ces risques", en ne voyant que "les spécificités". Même s'il est vrai que son objectif est ressemblant à celui de Paul Vergès et Didier Robert, sa stratégie d'information et de communication, celle de vouloir parler au plus grand nombre de Réunionnais, pourrait se retourner contre lui.

Car, que ce soit pour l'évolution institutionnelle, l'Assemblée unique, la totale application de la règlementation nationale ou/et européenne, et la défense des spécificité réunionnaises, La Réunion a besoin d'un projet de développement dans son environnement régional à long terme (au moins 2030). Aucun(e) politique ne voit aussi loin, à ce jour...

Jismy Ramoudou


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