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Nucléaire : la France est dans l’erreur


Courrier des Lecteurs
Samedi 11 Février 2012

M. Sarkozy a discouru à Fessenheim sur le soutien du gouvernement au nucléaire civil, arguant de sa sûreté par les 700 contrôles annuels de l’Agence de Sûreté Nucléaire, de l’impartialité et de la transparence de cette agence.


700 contrôles, c’est finalement peu, un contrôle mensuel par réacteur. Cela n’empêche pas les 750 incidents annuels. La France est le seul pays au monde à avoir choisi l’option du tout-nucléaire (80% de notre électricité), mais elle s’aveugle.

Cette énergie est passéiste, ne progresse plus, et peine à se vendre dans le monde. Cet aveuglement condamne notre pays à rater l’indispensable révolution énergétique. Au final, cette énergie, mythifiée comme une technologie sophistiquée, n’est que « le moyen le plus dangereux au monde de faire bouillir de l’eau » (Bernard Laponche, physicien nucléaire, syndicaliste CFDT). En effet la fission de l’atome d’uranium conduit entre autres au plutonium, l’élément le plus dangereux sur terre. Ce qui avait amené en 1998 Corinne Lepage à fermer Superphénix.

Par le nucléaire, M. Sarkozy nous serine l’indépendance énergétique. Nous ne sommes pas si obtus, M. le Président, nous savons bien que nos déplacements consomment plus de la moitié de notre énergie dont nous ne disposons pas sur le sol français, à savoir l’énergie carbonée, et que le nucléaire dépend de l’approvisionnement en uranium que nous exploitons au Niger, et dont nous sommes dépendants, sans y ajouter la chape de silence qui pèse sur les dégâts de la radioactivité chez les mineurs Nigériens (Association Henri Pézerat).

Revenons sur la sécurité nucléaire : en 40 ans, cinq accidents majeurs : Three Miles Island, Tchernobyl, et les 3 réacteurs de Fukushima. Soit 5 accidents sur 450 réacteurs sur 40 ans, donc 1 accident pour 3600 « années-réacteurs », alors qu’on tablait sur un pour cent mille ! Il y aura forcément d’autres accidents à venir.

Comme on a construit en France trop de centrales nucléaires, on nous pousse à la consommation par le chauffage électrique. Absurde. La France a consommé ces deux derniers jours la moitié de la consommation européenne (plus de 100 GW, soit 1,5 MW par personne en 24 heures, en gros 5 fois la consommation d’un Réunionnais). L’énergie nucléaire n’est pas souple et ne peut s’adapter aux pics hivernaux de consommation. Alors cette électricité, où la prend-on ? En Allemagne, c’est-à-dire de l’électricité fossile : on produit donc du CO2 pour éviter (par le nucléaire) d’en produire. Etonnant, non ?

M. Sarkozy prétend enfin que « refuser le nucléaire, c’est accepter de s’éclairer à la bougie ». Vrai, mais pas comme il l’entend : lorsque les grands froids hivernaux durent, que les cours d’eau sont gelés, que l’eau des rivières est inutilisable pour refroidir les centrales nucléaires, ou par temps de canicule, quand les rivières sont à sec, alors là, oui, il y a risque de black-out.

Mais contrairement à la position du gouvernement, sortir du nucléaire, c’est de fait retrouver notre inventivité énergétique perdue, perte qui fait de la France une nation dans les profondeurs du classement des nations innovantes en matière d’énergie. Savez-vous qu’EDF investit au Royaume-Uni pour les énergies marines ? Nous prenons ainsi un retard considérable en matière d’énergies renouvelables (EnR).

N’oublions pas que le kWh le moins cher est celui que l’on ne consomme pas, par notre sobriété, par l’efficacité de nos logements éco-compatibles en matière de chauffage ou de refroidissement, et par l’utilisation des EnR. La mise en place, grâce à l’informatique, de réseaux intelligents (smart grids), permettra d’optimiser notre production, y compris à La Réunion (exemple de « Millener »), en combinant biomasse, éolien, photovoltaïque, solaire, hydraulique, et énergies marines. On pourra répondre à la demande réunionnaise. Un exemple ? La nuit, on pompe l’eau pour réalimenter en altitude un barrage qui fonctionnera lors de la pointe du jour.

Elle est là, la grande innovation, et elle est opposée à un grand système centralisé comme le nucléaire, ou comme le charbon à La Réunion (plus de 50% de notre électricité) : la jonction entre consommation et production locales. « Small is beautiful, but not too small ». Prenons-en conscience.

Dr Bruno Bourgeon
Membre EELVR

Bruno Bourgeon



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