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"Nos politiques n'ont aucun intérêt à conduire notre île sur la route du développement durable"


Politique
Lundi 29 Juillet 2013

"Le député-maire Thierry Robert a procédé à un enfumage démagogique et médiatique à l'occasion de la grève de la faim de Monsieur Mouen. Mais tout citoyen doté d'un minimum de clairvoyance n'aura à priori aucun mal pour lui porter la contradiction concernant ses propositions pour booster l'économie de notre île. Et je me prêterai volontiers à cet exercice".


"Je ne pense pas qu'avec les mesurettes du député-maire que nous pourrons approcher les problématiques de fond que nous pose notre île à savoir, lutter contre les féodalités locales, relancer notre économie et par-là même rehausser notre modèle social. Notre île soufre de maux si profonds qu'il faudrait à nos politiques une certaine vision du monde et du courage pour y remédier.



Au-delà des transferts sociaux et des dotations européennes, notre île puise ses ressources essentiellement dans la fiscalité indirecte, et notamment dans l'octroi de mer (impôt sur les importations). En effet, la fiscalité directe (impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés) est minime sur notre territoire compte tenu des abattements divers et des outils de défiscalisation.

Force est de constater que l'octroi de mer rapporte 400 millions d'euros par an à nos collectivités, dont 80% vont dans les caisses des municipalités et 20% dans les caisses de la région. Dans ce contexte, nos élus n'ont aucun intérêt à encourager nos entreprises à concourir sur des marchés étrangers, pour ne pas dire à prôner le développement.

Et les chiffres sont bien là pour le démontrer : importations 4,2 milliards €, exportations 282 millions €, soit un taux de couverture au-dessus de 6% seulement...Et ce déficit commercial est chronique. Nous sommes donc en présence d'une économie de comptoir. Et celle-ci a pris son envol depuis la Départementalisation en 1946. En effet, dépourvue d'unités de production de biens de consommation courante à l'époque, l'île devait importer.

Pour faciliter ces importations, l'Etat a injecté dans notre économie du pouvoir d'achat artificiel par le biais des surrémunérations et des transferts sociaux au détriment de la production et l'innovation locales. Ce qui n'a pas manqué de conduire d'une part à des disparités de revenus dans la société réunionnaise entre le secteur public, le secteur privé et les chômeurs, contribuant avec d'autres facteurs à la chèreté de la vie et d'autre part, à une très faible présence de nos entreprises sur les marchés étrangers.



Par ailleurs, ces ressources émanant de l'octroi de mer servent bien souvent à la dépense non productive (dépenses de fonctionnement, de personnel précaire...) au détriment de l'investissement, et surtout à la veille d'échéances électorales...Voilà un carburant, l'octroi de mer, qui permet à nos élus de consolider leur pouvoir quand la situation sociale et économique est rude. Voilà un moyen subtil d'exploiter la misère sociale, de développer des rapports entre maîtres et esclaves !



En définitive, on a mis en place un modèle qui nourrit une oligarchie à savoir, nos politiques et nos importateurs qui sont pour la plupart des monopoles. Et notre presse vivant d'annonces institutionnelles et commerciales est prisonnière du système. Se pose alors la question de l'indépendance d'une certaine presse vis-à-vis de l'oligarchie.



Mais ce modèle très dépendant de la situation économique mondiale trouve ses limites aujourd'hui. En effet, notre principal levier de croissance est en panne, à savoir la consommation domestique. La commande publique se fait de plus en plus rare et le volet export est quasi inexistant. En clair nous n'avons plus de moteur pour avancer et celui qui est censé nous tirer vers le haut, l'export, a été oublié.



Dès lors, croire que nous réduirons le chômage en subventionnant l'emploi ou en redistribuant les ressources à coups d'allocations diverses est une illusion ! Croire que l'innovation, l'investissement dans la production locale sans opportunités de marchés sur l'extérieur, est un coup d'épée dans l'eau !



Le constat est dur : le secteur du BTP, très dépendant de la commande publique, stagne ; l' industrie agroalimentaire tourne à 70% de son régime en raison d'une concurrence accrue des importations ; nos réseaux de distribution alimentaire sont entre les mains de 3 groupes qui contrôlent 70% des ventes, idem pour les secteurs de la téléphonie, de l'énergie et de l'aérien ; notre agriculture est sous perfusion.

Et bien d'autres secteurs sont à l'agonie. Et pour noircir le tableau, le crédit aux entreprises s'assèche. La concurrence devenant si intensive sur un grand nombre de segments de marché limités en croissance, met en péril les remboursements de crédits. Et cette problématique d'assèchement du crédit est accentuée par des outils fiscaux (zone franche d'activité, défiscalisation productive, abattements fiscaux divers) mal orientés.



Et nos élus ont du souci à se faire. Quand on sait que notre modèle social repose sur une démographie galopante et sur un taux d'emploi décroissant , le marasme économique et social est inévitable. Quand on sait que depuis trente ans nos politiques se sont contentés de demander du pouvoir d'achat artificiel sans penser que l'emploi ne se décrète pas, que seule l'activité crée de l'emploi, il y a le feu dans la maison !



Nos politiques n'ont aucun intérêt à conduire notre île sur la route du développement durable pour les raisons que je viens d'évoquer. Seuls leur pouvoir et leur carrière comptent. Ils sont dans une logique évidente : fabriquons des pauvres en masse, cultivons ce fonds de commerce électoral, entretenons l'esclavage mental, consolidons notre pouvoir, quémandons à l'Etat, et préservons nos rentes et privilèges.

Si un citoyen faisait une grève de la faim pour abolir l'octroi de mer par une TVA, je ne suis pas sûr que nous aurions droit à un autre Muppet Show politique au Barachois…



Mais toute gabegie a une fin !"

Yanis Payet, président de l'Union démocrate


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