"Traditionnellement, les politiques sociales de lutte contre cette pauvreté sont acclamées avec joie par l’ensemble des parties prenantes. Néanmoins, parmi ces mesures nouvelles insufflées par le gouvernement pour combattre la pauvreté et la précarité, le « garantie jeunes » provoque quelques vives réactions parmi la population française et réunionnaise.
Ce dispositif équivalent au RSA, sera instauré pour les jeunes de 18 à 25 ans, dès septembre 2013 afin de répondre aux besoins des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle. Appelée « garantie jeunes », soit 450 €/mois, cette allocation bénéficierait aux jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’école, mais en situation d’isolement et de grande précarité.
Ce contrat ouvrirait droit à un accompagnement intensif, à des propositions de formation ou d’emploi. La « garantie jeunes » sera lancée en septembre prochain sur 10 territoires, avant d’être généralisée. Tous conviennent qu’il s’agit là d’un mécanisme le plus important annoncé des vingt dernières années dans l’accompagnement des jeunes sortis du système éducatif sans qualification.
Au demeurant et selon l’INSEE, en 2010, on estimait que 13,1 % des 16-25 ans n’étaient ni en formation, ni en emploi et 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification chaque année. La Réunion n’est pas épargnée par cette pandémie, bien au contraire ! Le taux de chômage des jeunes atteint des niveaux critiques : au deuxième trimestre 2011, 60 % des jeunes réunionnais étaient sans emploi, ni bénéficiaires d’une formation (INSEE, mars 2012).
Dès lors, un débat contradictoire s’est instauré depuis plusieurs jours entre les partisans et les défenseurs de ce dispositif. Une brève évaluation de cette mesure et de ses effets s’imposent dans la perspective de présenter ses atouts, ses faiblesses, voire ses opportunités et ses menaces conformément à la matrice SWOT.
Tout d’abord, les forces de ce « RSA Jeunes ». Cette mesure permettra aux jeunes privés d’emploi ou d’activité de sortir de la précarité. Cette aide est nécessaire pour les aider à subvenir à leurs besoins primaires (boire, manger, se vêtir, se loger et se déplacer) étant entendu que la pauvreté n’est pas une fatalité mais une situation passagère. Cette allocation constituera "un léger ballon d’oxygène" financier pour les familles démunies. L’octroi de ce « garantie Jeunes » favorisera surtout une certaine autonomie de mouvement chez le jeune en quête d’insertion professionnelle.
Quant aux faiblesses, elles sont multiples. Les détracteurs de cette mesure mettent en évidence les dérives de cette nouvelle initiative. Ces derniers estiment que la lutte contre la pauvreté ne doit pas se faire uniquement par le prisme des aides financières et des revenus minimum, mais par l’accès à un emploi. D’autres défenseurs estiment que le RSA Jeunes ne doit pas constituer la seule ambition pour ces jeunes privés d’emploi. Bénéficier du RSA ne constitue pas le seul avenir pour eux, il faut leur laisser une chance d’exister autrement que par cette "Garantie Jeunes".
Toujours selon ces opposants, il serait plus judicieux d’offrir aux jeunes une chance d’exercer leurs talents et leurs potentiels dans une entreprise publique ou privée dans le cadre d’un contrat de travail. D’autres défenseurs s’interrogent sur le coût de cette nouvelle dépense publique et sur le "qui paiera" ?
Au-delà des risques, des opportunités existent. Que ce « garantie jeunes » puisse leur faire prendre conscience qu’ils peuvent modifier leur rapport à l’argent. Que cette allocation ne constitue qu’un simple subside et qu’ils pourraient en gagner beaucoup plus en travaillant, c’est-à-dire en créant de la richesse par le travail. Dès lors, ils pourront comprendre que pour gagner plus, il faut travailler. Cet effet levier devrait constituer un tremplin pour l’emploi.
Cependant, les menaces qui pèsent sur la mise en œuvre réelle de cette mesure sont palpables. Ce plan Garantie Jeunes (500 millions d’euros), ne risque-t-il pas de creuser davantage le déficit même si le 1er ministre a indiqué que les impôts n’augmenteront pas pour financer ce plan « Jeunes »?
Pour inciter un jeune à travailler, le salaire devra être très incitatif, ce qui aura pour conséquence, d’augmenter les propositions salariales (effet incitatif salaire à 1500 €/net).
Cette politique d’assistanat à outrance nuira inévitablement à la production de richesse et du rôle essentiel de l’acteur dans un système économique. Quelles seront les règles socio-économiques de rétribution et de contribution ? Je suis rémunéré (donc rétribué) parce que j’ai contribué à quelque chose. Dans ce mécanisme du « Garantie Jeunes », je suis rémunéré mais je n’apporte rien, bref, on me paie à rien faire.
Dans la même veine, le risque majeur réside dans la reproduction dans les comportements liés au non-travail ou à l’inactivité ? Des pans entiers de « non-travailleurs » constitueront cette génération "rmistes ou de rsamistes". N’allons-nous pas vers la construction certaine d’une génération "donanou" où "l’argent gratuit" sera la règle ? Le jeune ne sera-t-il pas enclin à choisir cette facilité allocative dès 17 ans ou 18 ans au détriment de ses études ou de sa formation ? Ainsi posée, la question du travail constitue donc la pierre angulaire de la lutte contre la pauvreté.
Si la valeur du travail fait référence à une pluralité de représentations (économie politique, sociologique ou idéologique), elle tend à considérer l’homme tout d’abord, comme un facteur de production essentiel favorisant ainsi la création de richesse, ensuite, elle constitue un attribut où le travail est considéré comme intrinsèque à l’homme, et enfin, la valeur travail devient la clé de voûte d’un système de distribution des revenus, des droits et des protections.
Dès lors, le travail joue un rôle fédérateur dans le cadre d’une cohérence sociétale structurée autour d’un "bien-vivre ensemble" où chaque individu contribue au maintien de la société et d’un système socio-productif performant. Finalement, le travail rend libre, il n’est pas une aliénation à abolir (cf. Karl Marx) mais plutôt à ennoblir.
Cependant quelques solutions-alternatives s’offrent à nous dans l’attribution plus juste de cette « allocation anti-pauvreté ».
- Ne serait- il pas plus judicieux, en cette période de crise et afin de soutenir la croissance, d’accorder plutôt cette prime aux entreprises dans le cadre d’une mesure incitative à l’embauche ? Des milliers de TTPE/TPE/PME françaises et réunionnaises sont d’ores et déjà disposées à recruter des jeunes dans le cadre de cette mesure phare, sous la condition suspensive de verser cette allocation directement aux entreprises avec une exonération totale des charges patronales (dispositif 0 charge).
- Il serait plus raisonnable d’accorder ce subside à des étudiants non boursiers pour leur permettre de poursuivre qualitativement leurs études. Un tel soutien permettrait aux familles issues des classes moyennes d’être soutenues pour les études de leurs enfants-étudiants.
- Enfin, ceux qui préparent sérieusement un concours seront heureux d’être soutenus financièrement dans le cadre de cette « garantie jeunes ».
Force est de constater que ce plan de lutte contre la pauvreté tend à ignorer les souffrances insoupçonnées et silencieuses des classes moyennes. Une chose est sûre : les classes moyennes s’appauvrissent de plus en plus. Ne bénéficiant d’aucun programme spécifique pour les aider à surmonter leur fin de mois difficile et leurs dépenses incompressibles, elles sont les "laissés pour compte" de ce gouvernement.
D’autre part, nombre de personnes âgées qui vivent également en dessous du seuil de pauvreté demeurent exclues de ce nouveau plan de lutte contre la pauvreté. Des anciens actifs, aujourd’hui retraités, se retrouvent actuellement avec une pension tellement dérisoire qu’ils sont les nouveaux pauvres de la République.
Les exemples sont criants à La Réunion et il n’est pas rare de constater que des employés de collectivité territoriale, après 42 ans de bons et loyaux services, perçoivent une retraite de moins 800 €/mois. Quand ce n’est pas moins ! La paupérisation flagrante et alarmante de ces retraités mériterait une attention toute particulière. A quand une revalorisation conséquente et digne des pensions de retraite ?"
Ce dispositif équivalent au RSA, sera instauré pour les jeunes de 18 à 25 ans, dès septembre 2013 afin de répondre aux besoins des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle. Appelée « garantie jeunes », soit 450 €/mois, cette allocation bénéficierait aux jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’école, mais en situation d’isolement et de grande précarité.
Ce contrat ouvrirait droit à un accompagnement intensif, à des propositions de formation ou d’emploi. La « garantie jeunes » sera lancée en septembre prochain sur 10 territoires, avant d’être généralisée. Tous conviennent qu’il s’agit là d’un mécanisme le plus important annoncé des vingt dernières années dans l’accompagnement des jeunes sortis du système éducatif sans qualification.
Au demeurant et selon l’INSEE, en 2010, on estimait que 13,1 % des 16-25 ans n’étaient ni en formation, ni en emploi et 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification chaque année. La Réunion n’est pas épargnée par cette pandémie, bien au contraire ! Le taux de chômage des jeunes atteint des niveaux critiques : au deuxième trimestre 2011, 60 % des jeunes réunionnais étaient sans emploi, ni bénéficiaires d’une formation (INSEE, mars 2012).
Dès lors, un débat contradictoire s’est instauré depuis plusieurs jours entre les partisans et les défenseurs de ce dispositif. Une brève évaluation de cette mesure et de ses effets s’imposent dans la perspective de présenter ses atouts, ses faiblesses, voire ses opportunités et ses menaces conformément à la matrice SWOT.
Tout d’abord, les forces de ce « RSA Jeunes ». Cette mesure permettra aux jeunes privés d’emploi ou d’activité de sortir de la précarité. Cette aide est nécessaire pour les aider à subvenir à leurs besoins primaires (boire, manger, se vêtir, se loger et se déplacer) étant entendu que la pauvreté n’est pas une fatalité mais une situation passagère. Cette allocation constituera "un léger ballon d’oxygène" financier pour les familles démunies. L’octroi de ce « garantie Jeunes » favorisera surtout une certaine autonomie de mouvement chez le jeune en quête d’insertion professionnelle.
Quant aux faiblesses, elles sont multiples. Les détracteurs de cette mesure mettent en évidence les dérives de cette nouvelle initiative. Ces derniers estiment que la lutte contre la pauvreté ne doit pas se faire uniquement par le prisme des aides financières et des revenus minimum, mais par l’accès à un emploi. D’autres défenseurs estiment que le RSA Jeunes ne doit pas constituer la seule ambition pour ces jeunes privés d’emploi. Bénéficier du RSA ne constitue pas le seul avenir pour eux, il faut leur laisser une chance d’exister autrement que par cette "Garantie Jeunes".
Toujours selon ces opposants, il serait plus judicieux d’offrir aux jeunes une chance d’exercer leurs talents et leurs potentiels dans une entreprise publique ou privée dans le cadre d’un contrat de travail. D’autres défenseurs s’interrogent sur le coût de cette nouvelle dépense publique et sur le "qui paiera" ?
Au-delà des risques, des opportunités existent. Que ce « garantie jeunes » puisse leur faire prendre conscience qu’ils peuvent modifier leur rapport à l’argent. Que cette allocation ne constitue qu’un simple subside et qu’ils pourraient en gagner beaucoup plus en travaillant, c’est-à-dire en créant de la richesse par le travail. Dès lors, ils pourront comprendre que pour gagner plus, il faut travailler. Cet effet levier devrait constituer un tremplin pour l’emploi.
Cependant, les menaces qui pèsent sur la mise en œuvre réelle de cette mesure sont palpables. Ce plan Garantie Jeunes (500 millions d’euros), ne risque-t-il pas de creuser davantage le déficit même si le 1er ministre a indiqué que les impôts n’augmenteront pas pour financer ce plan « Jeunes »?
Pour inciter un jeune à travailler, le salaire devra être très incitatif, ce qui aura pour conséquence, d’augmenter les propositions salariales (effet incitatif salaire à 1500 €/net).
Cette politique d’assistanat à outrance nuira inévitablement à la production de richesse et du rôle essentiel de l’acteur dans un système économique. Quelles seront les règles socio-économiques de rétribution et de contribution ? Je suis rémunéré (donc rétribué) parce que j’ai contribué à quelque chose. Dans ce mécanisme du « Garantie Jeunes », je suis rémunéré mais je n’apporte rien, bref, on me paie à rien faire.
Dans la même veine, le risque majeur réside dans la reproduction dans les comportements liés au non-travail ou à l’inactivité ? Des pans entiers de « non-travailleurs » constitueront cette génération "rmistes ou de rsamistes". N’allons-nous pas vers la construction certaine d’une génération "donanou" où "l’argent gratuit" sera la règle ? Le jeune ne sera-t-il pas enclin à choisir cette facilité allocative dès 17 ans ou 18 ans au détriment de ses études ou de sa formation ? Ainsi posée, la question du travail constitue donc la pierre angulaire de la lutte contre la pauvreté.
Si la valeur du travail fait référence à une pluralité de représentations (économie politique, sociologique ou idéologique), elle tend à considérer l’homme tout d’abord, comme un facteur de production essentiel favorisant ainsi la création de richesse, ensuite, elle constitue un attribut où le travail est considéré comme intrinsèque à l’homme, et enfin, la valeur travail devient la clé de voûte d’un système de distribution des revenus, des droits et des protections.
Dès lors, le travail joue un rôle fédérateur dans le cadre d’une cohérence sociétale structurée autour d’un "bien-vivre ensemble" où chaque individu contribue au maintien de la société et d’un système socio-productif performant. Finalement, le travail rend libre, il n’est pas une aliénation à abolir (cf. Karl Marx) mais plutôt à ennoblir.
Cependant quelques solutions-alternatives s’offrent à nous dans l’attribution plus juste de cette « allocation anti-pauvreté ».
- Ne serait- il pas plus judicieux, en cette période de crise et afin de soutenir la croissance, d’accorder plutôt cette prime aux entreprises dans le cadre d’une mesure incitative à l’embauche ? Des milliers de TTPE/TPE/PME françaises et réunionnaises sont d’ores et déjà disposées à recruter des jeunes dans le cadre de cette mesure phare, sous la condition suspensive de verser cette allocation directement aux entreprises avec une exonération totale des charges patronales (dispositif 0 charge).
- Il serait plus raisonnable d’accorder ce subside à des étudiants non boursiers pour leur permettre de poursuivre qualitativement leurs études. Un tel soutien permettrait aux familles issues des classes moyennes d’être soutenues pour les études de leurs enfants-étudiants.
- Enfin, ceux qui préparent sérieusement un concours seront heureux d’être soutenus financièrement dans le cadre de cette « garantie jeunes ».
Force est de constater que ce plan de lutte contre la pauvreté tend à ignorer les souffrances insoupçonnées et silencieuses des classes moyennes. Une chose est sûre : les classes moyennes s’appauvrissent de plus en plus. Ne bénéficiant d’aucun programme spécifique pour les aider à surmonter leur fin de mois difficile et leurs dépenses incompressibles, elles sont les "laissés pour compte" de ce gouvernement.
D’autre part, nombre de personnes âgées qui vivent également en dessous du seuil de pauvreté demeurent exclues de ce nouveau plan de lutte contre la pauvreté. Des anciens actifs, aujourd’hui retraités, se retrouvent actuellement avec une pension tellement dérisoire qu’ils sont les nouveaux pauvres de la République.
Les exemples sont criants à La Réunion et il n’est pas rare de constater que des employés de collectivité territoriale, après 42 ans de bons et loyaux services, perçoivent une retraite de moins 800 €/mois. Quand ce n’est pas moins ! La paupérisation flagrante et alarmante de ces retraités mériterait une attention toute particulière. A quand une revalorisation conséquente et digne des pensions de retraite ?"