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Fruteau (UDCCAS) à Chérèque : "Simplifier les démarches et revoir les critères d’attribution des aides"


Politique
Mercredi 30 Octobre 2013

L’Union Départementale des Conseils Communaux d’Action Sociale de la Réunion est une association qui fédère, autour des problématiques liées à l’exclusion, à l’urgence sociale, à l’action sociale, les 24 CCAS du Département.


Nos établissements sont des acteurs essentiels de l'action sociale de proximité. Au-delà des aides financières, souvent liées au traitement de l’urgence, qu’ils apportent quotidiennement et loin des représentations dont ils font encore l’objet, nos établissements font preuve, chaque jour au plus proche des besoins des habitants, de leur faculté d’adaptation dans l'accompagnement social des personnes, en tant que gestionnaires d’équipements et de services de proximité essentiels à la population. Ils ont aussi un rôle très important de coordination, d’innovation et d’expérimentation.

Les CCAS à la Réunion ce sont, en quelques mots ;
- L'ensemble de la population de l'île potentiellement couverte par les interventions sociales des villes
- Plus de 100 millions d’euros de budget, à titre d'exemple 1 million 500 euros sont dédiés par les villes à l’aide alimentaire, autant en matière d’aide à l’énergie ou au logement ;
- 3.500 agents intervenants à un titre ou un autre au service des plus démunis  
- Des établissements divers : maintien des personnes âgées à domicile, EHPAD, accueil petite enfance, CHRS, Epiceries sociale,
- Des actions dans le domaine de la prévention, de la lutte contre l’habitat insalubre, etc.

A l’occasion de votre passage dans l’île, afin de présenter votre « plan pluriannuel contre la pauvreté et l’inclusion sociale » nous avons tenu à porter à votre attention le regard des élus chargés d’administrer les CCAS principaux acteurs de la réponse de proximité à la précarité et à l’exclusion.

Le constat récent dressé par l’INSEE, dans son étude du 25 août 2013, est accablant : « la pauvreté » reste très importante à la Réunion. En effet 343 000 personnes, soit 42 % de la population, vivent avec moins de 935 euros qui représente le seuil de pauvreté monétaire. Le revenu des plus pauvres est de 242 euros mensuels à la Réunion alors qu’il est  de 712 euros pour la Haute Corse (soit 300% de plus). De même, les dix villes où le revenu médian (inférieur à 800 euros par mois) est le plus bas sont toutes localisées à la Réunion. Le cabinet COMPAS fait ainsi remarquer que « de tels chiffres appliqués à des départements de métropole auraient suscité une mobilisation plus importante des moyens publics ».

Mais la « pauvreté monétaire » ne représente à notre avis qu’un des aspects de la pauvreté. Elle ne permet pas d’appréhender la complexité du phénomène dans son intégralité et produit des conséquences que les seules statistiques ont du mal à évaluer. Résumer ainsi le phénomène ne permet pas de concevoir des réponses adaptées. Celles-ci restent, le plus souvent monétaires et ne permettent de traiter que la partie la plus visible de l’iceberg.

Néanmoins, ce diagnostic reflète, sur ce point, la perception que les CCAS de la situation sociale sur le territoire du département. L’ensemble des CCAS de l’île et leurs partenaires, les services du Conseil Général de la Réunion, la CAF, les associations travaillent à amoindrir les effets dévastateurs d’une pauvreté grandissante et d’une précarité qui se généralise.

Au plus proche des usagers, confrontés quotidiennement à la population dans le besoin, nos établissements constatent, pour cette année encore, et ce, depuis 2008, une hausse considérable des demandes d’aides qui leur sont adressées. Elles relèvent, le plus souvent, de l’urgence et sont liées à l’alimentation, au paiement des frais énergétiques (eau électricité) qui augmentent dans de fortes proportions ou des loyers. L’accès aux soins est aussi une question extrêmement importante dans nos villes.  

Avec la crise, les CCAS ont vu grossir les rangs des demandeurs, de familles avec enfants, de salariés qui autrefois ne représentaient qu'une faible partie des demandeurs et bien trop souvent de personnes âgées durement concernées par la pauvreté.

Si nos aides et celles des autres services sociaux semblent indispensables, dans le contexte actuel, elles ne sauraient être les seules réponses apportées. L’Union Départementale se pose la question d’un modèle de développement plus juste, partageant mieux les richesses et permettant à tous de mieux s’intégrer à la société. En s'accentuant, les inégalités nuisent à la cohésion sociale, au vivre ensemble, mais aussi à la santé de toute la société.

Deux stratégies nous semblent envisageables pour les réduire et sortir de cette crise qui frappe les familles les plus fragiles et les publics les plus exposés :

La première consiste, bien sûr,  à diminuer les inégalités de revenus à la source, par une politique de création d’emplois pérennes et accessibles à tous, c’est un enjeu capital pour  La Réunion. Rappelons qu'à la Réunion le taux de chômage est près de 30% avec un taux chez les jeunes dépassant les 50%. Ces données illustrent à elles seules l’ampleur du mal réunionnais et de la détresse de notre peuple.

La seconde s'appuie sur un effort de la société pour une meilleure redistribution au travers des prestations sociales pour maintenir la paix sociale. Mais, il est essentiel que ces politiques sociales sortent des "logiques de guichet", placent la personne au centre, et reviennent sur les fondamentaux : éducation, logement, emploi, santé…

« Chaque échelon territorial est aujourd’hui interpellé dans ses capacités à agir et à préparer l’avenir ». Il est indispensable de clarifier les compétences entre collectivités territoriales et de favoriser une plus grande lisibilité des interventions de chacun.

Nous réaffirmons avec force qu’une plus grande collaboration entre les partenaires de l’action sociale s’impose. Nous demandons, à l’heure où l’État et ses partenaires réfléchissent à la mise en œuvre d’un « plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale » que se développent et s’instituent à l’échelle des communes autour des maires – président des CCAS, des instances de coordination de l’action sociale, fortes de l'apport de chaque partenaire, pour définir, adapter et évaluer les politiques sociales au plus près des besoins de la population.

Il est essentiel de mutualiser les moyens et de coproduire des politiques publiques les plus efficaces et efficientes possibles.

Afin que nos budgets et actions ne soient plus soumis aux aléas de décisions unilatérales, de fluctuation politiques, qui impactent fortement le fonctionnement de nos établissements, nous pensons qu’il est indispensable de systématiser, la signature de « conventions d’action sociale territoriales pluriannuelles », sur des durées d’au moins 5 années.

Devant les complexités, parfois voulues et les critères d’attribution fluctuants qui découragent les demandeurs, nous insistons sur la nécessité de simplifier les démarches et de revoir les modalités et critères d’attribution des aides.

Au regard de notre situation alarmante et spécifique, nous insistons  pour que la situation réunionnaise soit comprise à sa juste valeur. Il est essentiel que nos collectivités et notamment nos communes, car au contact direct des habitants, soient préservées de nouvelles coupes budgétaires qui ne peuvent être que préjudiciable à l’action sociale de proximité.

Nous espérons Monsieur Chérèque que vous entendrez le désarroi de la population, mais aussi l'inquiétude des élus de proximité que sont les maires, présidents de CCAS qui tentent au quotidien, malgré les baisses budgétaires, d'adapter et de proposer des solutions aux problèmes de leurs concitoyens de plus en plus graves. En plaçant l’humain au centre de nos préoccupations et de nos méthodes, dans le cadre d'un véritable « front d'action sociale » contre la pauvreté, nous devons élaborer, avec nos usagers en souffrance, de véritables parcours pour les aider à sortir définitivement de  l’exclusion.  

Nous ne gagnerons cette bataille qu'en mutualisant, au-delà des logiques partisanes, la volonté, les moyens, les énergies de l'ensemble des partenaires.

Président de l’UDCCAS de la Réunion


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