Combien de fonctionnaires déclassés ? Combien de citoyens sont incapables de choisir entre le respect des exigences de leur conscience et celles de leur emploi ? Combien d’intellectuels libres, capable de dire, au nom de tous ce qui lui paraît blesser la conscience universelle, sont tournés en dérision sous leurs cieux ? On lui préfère infiniment le perroquet, qui répète les évidences ou consignes de ses maîtres. Voilà pourquoi les dictatures détestent les universités et clochardisent violemment ceux qui ont de l’ambition.
Combien d’associations priver de subventions au détriment du clientélisme électoral? Combien de militants désertent les débats citoyens, par peur de représailles ? Combien de spéculateurs, d’élus et des bien-pensants ont les mains sales mais continuent à œuvrer sans entraves dans leur sphère respective comme si de rien n’était ?
Combien de populations, de peuples, de pauvres ont été spoliés, dépossédés de leurs biens, agressés, écrasés, humiliés sans qu’aucune instance ne se dresse pour les protéger ou traîner les coupables devant les tribunaux ?
L’impunité a non seulement un triste et long passé, mais elle a aussi, si l’on ne s’y oppose pas, un bel avenir devant elle. Et pourtant le seul candidat ayant eu le courage de dire halte !!! C’est un dénommé Serge Camatchy dans le quotidien du 10/02/2014.
Machiavel a très bien exprimé ce principe: « Puisque l’amour et la peur peuvent difficilement coexister, si nous devons choisir, il est préférable d’être craint que de faire pitié. »
Les politiciens ont toujours su que la peur est le meilleur moyen de convaincre les populations réticentes à accorder leur soutien inconditionnel à leur gestion chaotique... La modernité a fabriqué une caste d'élus locaux qui se soucient de la démocratie comme de leur première chemise et sont bien décidés à vivre entre eux sans

s'embarrasser de l'opinion publique.
En utilisant la peur comme outil de propagande, ils assurent leur règne. Les taxes augmentent proportionnellement à la croissance de la bureaucratie sans que les services ne s’améliorent. Les libertés individuelles sont bafouées. On est dans un cercle vicieux d’où il ne semble plus possible de sortir.
Le processus s’est grandement accéléré à la Réunion. Les gens acceptent à peu près tout ce qui leur est imposé graduellement, incluant la perte de leur liberté. Il est plus que jamais important de se rappeler les paroles que Benjamin Franklin prononça en 1759: « Ceux qui troquent leur liberté en échange d’une sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »
Cette perception sectaire de la gouvernance du pays qui est à la fois malheureuse et particulièrement pernicieuse pour la démocratie et à la cohésion nationale, est en passe de s’installer dans la conscience collective du peuple et de nos dirigeants actuels comme une vertu républicaine. "En adoptant des politiques à court terme qui encouragent les peurs et créent la division, certains élus sont des criminels en puissance".
Nos dictateurs tropicaux détestent davantage le jeune qu’ils ne sont plus. Autant laisser donc par milliers les jeunes sans emploi. Autant les laisser se droguer fanatiquement d’alcool, de chanvre, et de nationalismes frelatés, faits pour abrutir la conscience .On prépare ainsi la jeunesse à se suicider moralement.
A l’instar de Mobutu au Zaïre, dans les années 80, certains de nos élus ont une conception du pouvoir qui prévoit l’intouchabilité du Chef, véritable dieu vivant parmi les siens, qui n’a à répondre devant aucun de ses subalternes. Penser la politique contemporaine à la Réunion, c’est élaborer les mécanismes idoines de neutralisation de cette descente perpétuelle aux enfers. La dictature est une déformation du désir humain en désir de jouissance de la faiblesse du grand nombre. C’est une passion cynique.
Les problèmes que nous avons aujourd’hui ne peuvent se résoudre avec des changements superficiels, cosmétiques, un changement en profondeur est nécessaire.
L’heure de la farce dictatoriale a commencé. Il appartient aux combattants de la démocratie sous tous nos tropiques de pousser vers
la sortie, tous les truands qui passent pour de doux agneaux au cœur de nos palais alors qu’ils ne sont ni légitimes, ni capables de changer en mieux les millions de vies qu’ils triturent sans pitié depuis de longues décennies. Oui, dictateurs, tremblez, votre compte à rebours s’accélère ! Le 23 mars prochain on se souviendra que la politique n’est pas une affaire de sentiment, mais un jeu de couteaux.