sak ifé nout jordu ék nout demin

​Les quelques souvenirs de 1977 à l'usine de Stella


Citoyen
Mercredi 17 Décembre 2014

Alors que d’habitude, l’allée ornée des pieds de flamboyants menant à la maison du Directeur était habillée de rouge. Pour cette année là peut-être c’était un signe, nous avons observé, que les flamboyants du devant de l’Usine sucrière de Stella commune de Saint-Leu, avaient du mal à fleurir. Même le temps était maussade en ce mois de décembre 1977, pendant que les derniers bruits sonores de l’Usine et les grincements des moulins faiblissaient au fur et à mesure et au fil des jours, pour s’éteindre comme à l’accoutumer à quelques jours avant la Noël.


Par contre, c’est les bruits des tambours qui se font entendre à quelques pas de cette Usine de Stella où des cérémonies « amarr' carp » étaient organisées à la chapelle Tamoule, située à une centaine de mètres de « l’étoile du matin ». Mais, les parfums du sucre, de la mélasse, de la bagasse, des résidus de la canne… continuaient à nous enivrer les narines pour quelques temps encore.

La campagne sucrière de 1977 s’achevant, elle nous a livré des résultats très satisfaisants aussi bien en tonnage de canne qu’en rendement en sucre, aussi il faut rajouter que l’Usine sucrière de St-Leu n’a recensé aucune panne grave ou presque, durant les six mois de fonctionnement. L’Usine était en bonne santé et rentable, des dividendes étaient même distribuées à l’ensemble du personnel permanent voire aussi des saisonniers ainsi qu’une vingtaine de kilos de sucre pour tous… 

Après les derniers nettoyages et rangements, qui se font par les ouvriers permanents, tandis qu’arrivent les dernières payes de ce mois de décembre 1977. L’ensemble des travailleurs se mettaient en rang dès 9 h du matin, face au grand bureau, attendaient chacun leur tour, puis sortant un par un, avec des liasses de billets à la main, tandis que nos épouses ou mamans étaient présentes pour récupérer de suite ce gain pour le ramener dans notre « petite case », c’était une tradition à Stella… Le personnel était heureux du travail réalisé pendant l’année, suivi d’une bonne paye (avec des heures supplémentaires de la campagne) avec bientôt le mois de congés qui débutait.

Pourtant, personne (le personnel) ne s’en doutait du sort réservé à notre Usine, alors qu’elle était déjà condamnée à mourir. Sauf, nos « bourreaux » de l’époque, nos élus qui ont sus gardé sous silence cette fermeture définitive, provoquant une catastrophe et des traumatismes sans précédent aussi bien pour les ouvriers que pour l’ensemble des quartiers environnants. L’annonce n’a été faite qu’en 1978 par le Directeur lui-même au bord des larmes, disant que : « La décision de fermeture de l’Usine de Stella a été prise et qu’il n’y aura plus de campagne sucrière dans cette Usine, c’est fini… ». 

Alors, nous avons maudit ses « profiteurs » des subventions, qui au nom de la modernité et de la rentabilité nous ont jetés comme des citrons pressés. Mais, l’histoire se répètera encore pour d’autres Usines sucrières par suite. Mais, pour l’Usine de Stella une seconde chance s’est vue offerte en 1991 en devenant Musée, et elle a bien été tout un pan de l’histoire pour Stella, pour la Réunion et pour la commune de St-Leu.

Ancien « travayer tabisman » de Stella

Jean Claude COMORASSAMY



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