sak ifé nout jordu ék nout demin

​Célébration de l’abolition de l’esclavage – 2018


Culture - Kiltir
Vendredi 14 Décembre 2018

Voilà 24 ans que l’association culturelle Ankraké apporte sa contribution à une meilleure connaissance et à la valorisation du patrimoine culturel de La Réunion.


Recherches, diffusions de spectacles vivants, éditions, expositions, journées commémoratives, colonies de vacances, échanges culturels, colloques et forums, films, concours de jeunes talents et concours de poésie, sur tous les fronts et le plus souvent en direction de la jeunesse, l’association n’a cessé d’œuvrer.

En 1998, au moment des festivités visant la commémoration des 150 ans de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, nous avons sursauté devant l’effort considérable que faisaient les instances pour fêter, encore fêter et toujours fêter sans y mettre du sens.
Rares étaient les initiatives qui osaient les mots « colonisation », « esclavage », « maronage », « domination », « résistance », « lutte » et « création ». Rares étaient les démarches visant une co- construction de la mémoire et des perspectives avec les Réunionnais-ses. La plupart des initiatives se faisaient dans la logique de « donner à consommer » de la culture.
Ankraké a exercé son regard critique et s’est mise au travail.
Ce fut un tournant.
Car nous avons choisi d’assumer notre parole par des actes. Nous voulions rendre hommage avec du sens. Nous rappeler que des femmes et des hommes, souvent libres dans leur pays d’origine, avaient été arrachés pour devenir des esclaves à La Réunion. Nous voulions nous rappeler que ces êtres humains étaient considérés comme des meubles, des « choses » sans âme, sans cultures, sans rêves, sans passions, sans émotions, sans savoirs et sans spiritualités. Nous le rappeler pour mieux faire entendre leur voix. Et rappeler à chacun que, si nous sommes aujourd’hui ce peuple créole riche de toutes ces diversités culturelles, c’est parce que ces êtres humains ont été en capacité de dire NON. Nous avons alors concrétisé un rêve. Celui de leur offrir en même temps qu’à nous-mêmes, une stèle mémoire. C’est le Pilon liberté.

Une création symbolique portée par Ankraké avec treize jeunes gens encadrés par un anthropologue, deux artistes et un politique.
Que dit le Pilon liberté ?
Que nous sommes tous venus de l’extérieur (quatre barques qui portent un gigantesque pilon). Que le creuset fût douloureux (le pilon dans lequel on écrase les diverses épices). Que nous avons réussi par la résistance, la lutte, la réinvention, à créer : du pilon sortent les saveurs des mets !

Depuis, chaque année nous célébrons l’abolition de l’esclavage en y mettant du sens, du solennel, du recueillement. C’est notre responsabilité et nous l’assumons avec ou sans le concours d’une quelconque autorité politique et administrative. Avec bann dalon sur l’adage Lantouraz Pintad.

20 ans après, nous avons l’impression de vivre un cauchemar.
La société réunionnaise est toujours avec les mêmes inégalités, les mêmes injustices. Le climat est tendu. L’air est à la méfiance. C’est délétère. On ne sait plus vers quoi aller. Les organisations susceptibles d’agir pour le bien commun ont failli. Elles sont disqualifiées. Le désespoir rôde et laisse perplexes les experts.
C’est de nouveau un NON à la gabegie, à la domination, à la pauvreté, au manque de respect, au déni d’humanité, à l’offense faite aux Réunionnais-ses.
Nous disons NON et pensons qu’il faut aussi dire OUI.
Le temps est venu d’accompagner les énergies, les intentions, les initiatives qui disent OUI pour une société plus juste. Une société où l’amour irrigue l’action politique. Une société où l’être humain, la culture se trouve au centre. Une société du futur placée sous la volonté d’améliorer concrètement nos vies en reprenant le contrôle sur elles.
C’est pourquoi, la célébration de ce 170ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, compte tenu du mouvement des « gilets jaunes », se présente comme un élan, une opportunité à poursuivre le travail des anciens dans l’affirmation réunionnaise à construire avec responsabilité notre avenir.

Cela ne relève pas du décret, de la loi, de l’illusion des politiques publiques de rattrapage, d’assistance ou d’assimilation. Cela ne relève pas de la fabrication d’outils à miracle, de recettes technocratiques. Cela relève de notre envie véritable à vouloir transformer nos pratiques dans une seule perspective : une société plus juste. Cela relève de la compréhension que ce qui se joue c’est aussi notre capacité à inventer de fond en comble une autre société. Il ne s’agit plus de changer la société mais d’inventer une autre société.

Ankraké propose alors un programme un peu différent :

1 – tir lo boubou. Un temps pour nous, où chacun pourra enlever tout ce qu’il ne veut plus, tout ce qu’il estime mauvais pour aller vers une société plus juste. Il pourra le dessiner, l’écrire, le dire. Il peut emmener des objets dont il pense devoir se débarrasser. Absolument tout ce dont il ne veut plus. Lo boubou. Lo bobo. I fo nou tir sa dési nou. Dès lors que chacun se sera exprimé, nous rassemblerons le tout. Puis, nous y mettrons le feu. C’est une manière de nous nettoyer des chaînes qui entravent notre croissance identitaire et nos capacités à transformer. Une approche ludique et artistique.

2 – dire NON sans dire OUI n’est pas suffisant. Alors nous allons dire ce que nous voulons pour la société à venir, celle qui sera plus juste. Chacun pourra dire, s’exprimer et partager ses idées, attentes, engagements pour une société réunionnaise plus juste. Comment la voit-il ? Que faut-il faire ? Par soi- même. On ne demande pas aux autres de faire pour soi.
Ce travail collectif sera accompagné par la suite sous la forme de groupes de co-construction et de mise en action. Un rendez-vous régulier pour aller de 20 décembre en 20 décembre vers une Réunion qui se redresse, se forge à l’exercice réel du pouvoir et cherche des solutions par elle-même à partir de là où elle se trouve, pour pouvoir mieux vivre. Nous invitons à mettre en commun nos capacités à FAIRE.

3 – hommage solennel aux ancêtres : parole d’Ankraké, chant de Zanmari Baré, tambours sacrés et dépôt de fleurs à la mer.

4 – kabar pour faire la fête avec tout ce que nous avons en héritage et sur lequel nous devons nous appuyer pour nous redresser, le patrimoine culturel. Il est conséquent. Un trésor.

Cette célébration aura lieu à
Terre-Sainte au Pilon liberté
le 16 décembre à partir de 14H00. Libre entrée.
Ankraké appelle également à la conscience réunionnaise. Il est temps pour nous de nous respecter nous-mêmes. Nous appelons à respecter cette date anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 20 décembre. Jour férié. C’est une histoire commune. Alors, nous demandons aux dirigeants-es des entreprises de faire le geste qu’ils ou elles veulent pour exercer leur respect pour La Réunion. Nous demandons à chaque Réunionnais-ses de prendre le temps de modérer la fréquentation des commerces ce jour-là.

Pour Ankaké
Le président, 

Eric Alendroit



      Partager Partager

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 18 Mai 2019 - 11:38 La Clé Enchantée

Samedi 18 Mai 2019 - 11:23 Florine